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traduction française de textes anglais; éditoriaux; revue de presse


Le carillon de la liberté

Publié par Bob Dylan, traduction Hervé Le Gall sur 19 Août 2013, 22:22pm

Catégories : #traduction, #USA, #Guantanamo, #11 septembre, #Axe du Bien, #Nabil Hadjarab, #Bob Dylan, #solferiniens, #lyrics

En tout premier lieu, le lien vers la pétition adressée à Valls/Hollande/Fabius, et initiée par l'oncle de Nabil Hadjarab:

http://www.change.org/nabilhadjarab

Il n'est pas (encore) trop tard …

Il semblait difficile de traduire une autre chanson que celle-ci, pour compléter l'histoire tragique de Nabil Hadjarab.

Une version célèbre de Bruce Springsteen a servi de bande-son à une campagne d'Amnesty International, en 1988 (http://www.youtube.com/watch?v=eDxf0chiLYI), mais la chanson est tronquée, même si l'interprétation est magnifique. Springsteen reprend en fait la version des Byrds, remarquable, comme toutes leurs reprises des chansons de Dylan (quasiment toutes regroupées sur "The Byrds Sing Dylan", excellente introduction à ce groupe majeur, dont il faut tout acheter).

Mais version préférée est doute celle-ci: http://www.youtube.com/watch?v=uOICI9jiNLs (cliquez sur "Lire la suite"). Il s'agit de Dylan lui-même, accompagné par le Grateful Dead, en juillet 1987. Dylan est en grande forme, très "Kurt Cobainesque", en fait, mais (ou donc) pas d'humeur à rendre intelligibles les paroles de la chanson, raison pour laquelle j'ai hésité à choisir ce lien. Mais la douceur, la délicatesse, l'énergie contenue, des guitares du "Dead" - notamment celle de Jerry Garcia, qui a le physique du sergent du même nom, mais le jeu d'un elfe - composent un contrepoint idéal pour les images apocalyptiques du texte, dont elles semblent apprivoiser, canaliser, le déchaînement électrique, la décharge d'énergie brute … bonne écoute/lecture.

H.

Le carillon de la liberté

À mi-chemin entre la fin du coucher de soleil et les douze coups de minuit,

Nous nous sommes réfugiés sous un porche, dans le fracas du tonnerre,

Au moment où la sonnerie majestueuse de la foudre projetait des ombres, au milieu du vacarme,

Comme si le carillon de la liberté lançait des éclairs.

Des éclairs en l’honneur des guerriers, qui tirent leur force de leur refus de combattre,

Des éclairs en l’honneur des réfugiés, qui empruntent la route désarmée de la fuite,

En l’honneur du moindre soldat vaincu, perdu dans la nuit,

Nous avons contemplé le carillon de la liberté, qui lançait ses éclairs.

Dans la fournaise de la ville qui s’estompait, nous avons observé à l’improviste,

En dissimulant nos visages, et tandis que les murs resserraient leur étreinte,

L’écho des cloches du mariage qui, poussé par le vent et la pluie,

Se dissolvait dans les coups de la foudre,

Qui sonnaient en l’honneur du rebelle, qui sonnaient en l’honneur du débauché,

Qui sonnaient en l’honneur de l’infortuné, de l’abandonné, du délaissé,

Qui sonnaient en l’honneur du paria, que l’on brûle en permanence sur le bûcher,

Et nous avons contemplé le carillon de la liberté, qui lançait ses éclairs.

À travers le martèlement mystique et dément de la grêle furieuse, comme enragée,

Le ciel faisait claquer des poèmes d’une pureté miraculeuse,

Auxquels s’accrochaient les coups de la cloche de l’église, afin que la brise les emporte,

Et que seuls restent le fracas de la foudre, et les coups

Qu’elle frappait en l’honneur des doux, qu’elle frappait en l’honneur des gentils,

Qu’elle frappait en l’honneur des gardiens et des protecteurs de l’esprit,

En l’honneur du poète, en l’honneur du peintre, très en retard sur le temps qui aurait dû être le leur,

Et nous avons contemplé le carillon de la liberté, qui lançait ses éclairs.

Dans la cathédrale que bâtissait le soir déchaîné, la pluie dévoilait le sens des récits

Aux formes anonymes et dévêtues des sans-opinions,

Elle sonnait en l’honneur des langues qui n’ont pas de lieu où amener leur pensée,

Coincées dans des situations jamais remises en cause,

Elle sonnait en l’honneur du sourd et aveugle, elle sonnait en l’honneur du muet,

En l’honneur de la mère qui n’a pas de compagnon, et que l’on maltraite, de la prostituée qui ne mérite pas ce titre,

En l’honneur du hors-la-loi à la conduite délictueuse, qu’une traque perfide a permis d’enchaîner,

Et nous avons contemplé le carillon de la liberté, qui lançait ses éclairs.

Même si, dans un recoin très éloigné, un rideau blanc de nuages étincelait,

Au moment où les éclaboussures de brume hypnotique se levaient en douceur,

La lumière électrique continuait de tomber, comme une volée de flèches qui n’épargnerait que ceux

Qui furent condamnés à dériver, ou que l’on empêcha de dériver,

Elle sonnait en l’honneur de ceux qui cherchent, qui poursuivent leur quête muette,

En l’honneur de ceux qui aiment, mais dont le cœur est solitaire, dont l’histoire est trop personnelle,

En l’honneur de chacune des âmes douces, incapables de nuire, que l’on a injustement emprisonnées,

Et nous avons contemplé le carillon de la liberté, qui lançait ses éclairs.

Si mes souvenirs sont bons, nous étions émerveillés, hilares, lorsque nous nous sommes fait surprendre,

Le convoi des heures ne nous encerclait pas, elles étaient comme suspendues,

Pendant que nous écoutions une dernière fois, jetions un dernier regard,

Envoûtés, nos gorges serrées, jusqu’à la dernière note de l’arpège,

Qui avait sonné en l’honneur de ceux qui souffrent, mais dont on ne peut refermer les plaies,

En l’honneur des innombrables déboussolés, accusés, victimes d’abus, de ceux qu’on a poussés à bout, voire au-delà,

En l’honneur de chaque personne qui doute d’elle-même, quelque part dans l’univers,

Et nous avons contemplé le carillon de la liberté, qui lançait ses éclairs.

(Bob Dylan, 1964)

Le carillon de la liberté

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