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traduction française de textes anglais; éditoriaux; revue de presse


La Servilité des Satellites

Publié par Diana Johnstone, traduction Hervé Le Gall sur 15 Juillet 2013, 00:11am

Catégories : #counterpunch, #johnstone, #snowden, #democratie, #union europeenne, #france, #morales

http://www.counterpunch.org/2013/07/05/the-servility-of-the-satellites/

ÉDITION DU WEEK-END. Du 5 au 7 JUILLET 2013

L’affaire Snowden et la Destruction de la Démocratie Véritable en Europe : La Servilité des Satellites

DIANA JOHNSTONE ; Paris, France.

L’affaire Snowden en dit plus sur l’Europe que sur les États-Unis.

Assurément, les faits d’espionnage de la NSA sont lourds de sens. Cela dit, de nombreuses personnes suspectaient que de telles pratiques avaient cours. Le refus de la France, de l’Italie, et du Portugal, d’accorder à l’avion privé du Président de la Bolivie, l’autorisation d’emprunter leur espace aérien, est bien plus stupéfiant.

Lorsqu’on les rassemble, ces révélations marquent la fin du processus de transformation des « démocraties occidentales » en quelque chose d’autre, une entité qui n’a pas encore de nom attitré.

L’affront qui a été fait au président bolivien, est venu confirmer que cette entité transatlantique fait preuve d’un mépris total pour la législation internationale, même si ses dirigeants s’en servent volontiers, lorsque cela les arrange. Mais la respecter, lui permettre d’entraver leurs actions, en aucune manière? Sûrement pas.

Par ailleurs, ce mépris de la loi est lié à un changement institutionnel plus fondamental : la destruction, au niveau national, de la démocratie véritable. Aux États-Unis, où l’on peut comparer les candidats aux chevaux de course des écuries de milliardaires, c’est le pouvoir de l’argent qui en est la cause. En Europe, cette destruction est provoquée par l’Union Européenne, dont la bureaucratie prend, peu à peu, le contrôle des fonctions économiques cruciales d’états indépendants, et laisse les gouvernements nationaux concocter des polémiques boursouflées, sur des sujets, comme le mariage, qui relèvent de la vie privée, pendant que la Commission Européenne impose ses politiques publiques, depuis Bruxelles.

Mais derrière cette Commission, ou encore derrière le jeu électoral aux États-Unis, on trouve le même pouvoir anonyme, dont les désirs sont des ordres pour cette entité transatlantique : le capital financier.

Il est prévu que ce pouvoir s’étende dans un futur proche, lorsqu’une zone de libre-échange entre l’union Européenne et les États-Unis, sera établie. Ce développement constitue le point culminant de la « construction européenne », cette mal nommée qui, depuis plusieurs décennies, procède au transfert des pouvoirs d’états européens souverains, vers l’Union Européenne, qui, à son tour, va transférer son pouvoir aux institutions transatlantiques, le tout sous le contrôle ferme des « Marchés » - l’euphémisme utilisé, pour ne pas dire « capital financier »

L’état d’avancement de ce processus de dé-démocratisation, n’est porté à la connaissance de l’ensemble des citoyens, qu’une fois atteinte l’une des dernières étapes. En conséquence, un fossé de plus en plus large se creuse entre la classe politique, qui comprend à la fois les politiciens et les médias de masse, d’un côté, et le grand public de l’autre. La classe politique a désormais pour tâche principale, de donner au grand public l’illusion qu’il continue à vivre en démocratie, et que les responsables qu’il élit, agissent dans son intérêt.

Lorsqu’un incident comme celui de l’avion présidentiel bolivien se produit, il permet de braquer les projecteurs sur la servilité des responsables du pays, mais on peut compter sur les principaux médias pour le faire disparaître des écrans, en racontant d’autres histoires. La télévision française dans son ensemble, a ignoré l’événement – une négligence, que le récent soulèvement en Égypte a permis de commettre plus facilement. Les médias considèrent qu’un grand titre international par jour, est la quantité maximale qu’il convient de prescrire à un public dont le régime de base comprend la météo, les sports, et les crimes sexuels.

Pour prendre la mesure du renoncement de la France à son indépendance, au cours des dernières décennies, on peut se rappeler que dans les années soixante-dix, le gouvernement du président de centre-droit, Valery Giscard d’Estaing, ne se fit pas prier pour accorder l’asile aux Black Panthers, qui avaient fui les États-Unis. Aujourd’hui, le ministre de l’Intérieur, d’un gouvernement soi-disant de « centre-gauche », exclut la possibilité d’accorder l’asile à tout citoyen des États-Unis, au motif que ce pays est un « ami », une « démocratie », qui possède un système judiciaire indépendant.

En Allemagne, la propagande utilisait en permanence la dénonciation des pratiques de violation de la vie privée par la Stasi, pour enfouir jusqu’au moindre souvenir des bienfaits perdus du régime de l’Allemagne de l’Est, au nombre desquels on trouve le plein emploi, la protection infantile, l’égalité sociale pour les femmes ; c’est pourquoi il ne pouvait être question d’y passer sous silence les révélations des mêmes pratiques, de la part de la NSA. Même l’indignation des politiciens allemands de premier plan, ne semblait pas feinte.

En France, les dirigeants politiques ont émis de petits bruits désapprobateurs, avant de changer de sujet, en vitesse. Dans les rares cas où l’incident était même évoqué, « l’élément de langage » consistait à dire qu’il n’y avait vraiment pas de quoi faire toute une histoire de ces pratiques, dont nous autres, Grandes Puissances sophistiquées, savions tout auparavant, et dont nous sommes nous-mêmes des adeptes. L’auto-incrimination béate, du type « nous le faisons aussi », est une manière de prétendre que la France est toujours un grand méchant pouvoir, pas un simple satellite des États-Unis.

Hier, au cours d’une interview télévisée, on montra au ministre des Affaires Étrangères, Laurent Fabius, une vidéo du président Obama, qui se référait à plusieurs reprises au président François Hollande, en le nommant « Président Houlon ». Fabius s’empressa de changer de sujet, pour louer le rôle important que joue la France, lorsqu’elle entretient l’idée d’aller mener une guerre en Syrie. Le fait que le président français soit jugé si insignifiant, qu’Obama n’éprouvât pas le besoin de s’embêter à apprendre son nom, ne valait pas la peine d’être remarqué.

L’attitude dédaigneuse d’Obama envers Hollande, comme celle de Hollande envers le président de la Bolivie, sont parties intégrantes de ce nouvel ordre mondial, que ne gouvernent plus du tout les relations humaines, mais « les marchés ». Il ne s’agit pas de dire, qu’en la matière, les marchés donnent des ordres directs. Mais lorsque le gouvernement se réduit à l’idée de « gouvernance », dont la fonction première est de rendre le peuple docile, tandis que les institutions, les lois, et les forces armées, remettent leur ouvrage sur le métier, pour façonner un monde où le capital peut engranger des bénéfices records en toute sécurité, on nie toute reconnaissance au peuple, et la politique devient un exercice vain de conformisme.

Ce renoncement s’explique par l’idéologie qui a dominé l’Europe, et peut-être la France plus que tout autre pays, au cours des cinquante dernières années. Une interprétation toute particulière de l’histoire du milieu du vingtième siècle, a ébranlé la confiance en une souveraineté populaire que l’on accuse (à tort) de conduire au « totalitarisme ». Cette idéologie a préparé les élites à abdiquer en faveur d’institutions techniques et de « marchés » qui ne semblent coupables d’aucun péché politique. Le pouvoir du capital financier, et de son champion états-unien, est moins la cause, que le résultat, de cette abdication politique.

Ceci constitue la seule explication valable, pour qui veut comprendre l’extraordinaire empressement dont les gouvernements européens font preuve, lorsqu’il s’agit de satisfaire la moindre lubie du maître américain, à la veille des négociations sur une zone de libre-échange transatlantique, que les dirigeants européens vont présenter à leurs populations, sous l’aspect d’une compensation pour la destruction en cours du modèle européen de redistribution sociale. Les principes, la bienséance diplomatique, Edward Snowden, tout doit être sacrifié à cette dernière tentative désespérée de mettre l’Europe hors de portée de l’influence de ses peuples.

Quelques commentateurs sont même allés jusqu’à suggérer qu’Edward Snowden ne pouvait être qu’une espèce d’agent infiltré, qui servirait à montrer aux populations la toute-puissance du gouvernement états-unien. L’affront que le président bolivien a essuyé, en est une illustration encore plus frappante. Mais à long terme, la prise de conscience de l’étendue de ce pouvoir, représente le premier pas sur le chemin de la libération.

DIANA JOHNSTONE est l’auteure de Fools Crusade: Yugoslavia, NATO and Western Delusions. On peut la joindre à diana.josto@yahoo.fr

La Servilité des Satellites

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