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traduction française de textes anglais; éditoriaux; revue de presse


Mélenchon dans Le Parisien : de l'art de la distorsion des sondages

Publié par Justine Brabant sur 31 Août 2016, 18:19pm

Catégories : #arrêt sur images, #médiacratie, #éditocratie, #propagandes

Mélenchon dans Le Parisien : de l'art de la distorsion des sondages

http://www.arretsurimages.net/articles/2016-08-28/Melenchon-dans-Le-Parisien-de-l-art-de-la-distorsion-des-sondages-id9013

observatoire du 28/08/2016 par Justine Brabant

Mélenchon dans Le Parisien : de l'art de la distorsion des sondages

Une majorité de Français a une "mauvaise opinion" de Jean-Luc Mélenchon... tout en estimant qu'il représente "mieux" les idées de la gauche de la gauche qu'Arnaud Montebourg, Benoît Hamon ou Cécile Duflot. Ce sont deux des conclusions d'un sondage publié aujourd'hui dans Le Parisien. Mélenchon l'impopulaire, ou Mélenchon qui surpasse ses concurrents directs ? Entre ces deux versions, la presse a choisi.

À première vue, c'est une claque pour le fondateur du Parti de gauche. "«Agressif, populiste»... 59% des Français ont une piètre image de Mélenchon", titre un article de l'Express publié ce dimanche 28 août. Le politique n'est pas seulement impopulaire : on nous explique également pourquoi il l'est, à l'aide de deux adjectifs pesants– et de points de suspension qui laissent penser (tremblez, lecteurs) que la liste n'est pas terminée.

59% des Français (soit environ six sur dix) à avoir une "mauvaise opinion" du candidat déclaré à la présidentielle de 2017 ? Le chiffre vient d'un sondage commandé par Le Parisien à l'institut Odoxa. L'enquête et la présentation qui en est faite par Odoxa posent une série de problèmes "classiques" dans les sondages d'opinion : elle transforme en un tournemain "995 sondés par Internet les 25 et 26 août" en "les Français", ne pose aucune question sur les idées du candidat mais préfère s'attarder longuement sur son tempérament, en proposant aux sondés une liste d'adjectifs ("agressif", "populiste", "courageux", ...) présélectionnés à partir de critères inconnus. Mais passons sur les questions que soulève le sondage lui-même, pour s'intéresser à la manière dont la presse s'en est fait l'écho.

La presse titre sur la majorité de "mauvaises opinions"

À l'image de l'Express, plusieurs titres de la presse française titrent, ce dimanche 28 août, sur la "mauvaise opinion" qu'une majorité de Français aurait du candidat déclaré à la présidentielle de 2017.

La partie serait-elle perdue d'avance pour Mélenchon ? Pas exactement. Car les réponses des sondés sont plus ambivalentes que ne le laissent penser ces titres. Si 59% des 995 sondés disent bien avoir une mauvaise opinion de lui, ils sont également une majorité à déclarer qu'ils le préfèrent à François Hollande, que ses idées sont éloignées de celles de Marine Le Pen, qu'il est mieux placé que Cécile Duflot, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon pour "incarner les idées de la gauche de la gauche", ou encore qu'il "a des convictions profondes" et qu'il "est courageux".

De quoi nourrir bien d'autres titres potentiels. Le site Atlantico est le seul média à le faire, avec un article intitulé : "Gauche : Jean-Luc Mélenchon préféré à François Hollande".

Jamais mieux servi que par lui-même, le cofondateur du Parti de gauche, tout en lançant un sonore "Merci patron" pour rappeler que Le Parisien appartient à Bernard Arnault, a publié sur son blog des visuels mettant en avant les chiffres les plus favorables du sondage.

Dans Le Parisien, Mélenchon est agressif, sans guillemets

Mais les sites de presse qui ont repris cette enquête d'opinion ne se sont pas contentés de titrer à la quasi-unanimité sur la "mauvaise opinion" du candidat. Ils ont aussi repris à leur compte plusieurs critiques sur le tempérament du personnage et, pour certains, assorti le tout de photos peu flatteuses.

"En deux ans, les opinions positives à son égard ont progressé de 6 points comme si les Français s'étaient faits à l'agressivité du personnage auquel ils accordent malgré tout une crédibilité politique en hausse qui le sort du registre des seconds rôles", peut-on ainsi lire dans Le Parisien. L'agressivité du personnage ? Départie de ses guillemets, elle n'est plus une opinion relatée en tant que telle mais un simple fait rapporté placidement par le journaliste, comme on parlerait de hausse du chômage ou de reprise des combats en Syrie. Un fait tellement indiscutable qu'il est repris en titre, toujours sans guillemets : "Primaire à gauche : Mélenchon agressif mais préféré à Hollande".

À côté du "duel au soleil" souriant et bronzé de Juppé et Sarkozy (également en Une du site du Parisien ce 28 août), le candidat de gauche fait grise mine. C'est pourtant cette photo peu avantageuse que le quotidien a choisi de décliner sur tous ses supports pour illustrer le sondage (article, vignette de Une, infographie).

Chez Le Parisien et l'Express, Mélenchon a l'index accusateur et la bouche tordue (l'agressivité, sans doute). Sur les visuels de son propre blog, où il reprend les résultats du sondage, il a en revanche le regard déterminé et le sourire du candidat sympa. Moralité : pour faire parler des chiffres ambivalents, rien de tel qu'un emballage explicite.

Par Justine Brabant le 28/08/2016

Mélenchon dans Le Parisien : de l'art de la distorsion des sondages

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