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traduction française de textes anglais; éditoriaux; revue de presse


La mort d’Adama Traoré, une affaire d’État

Publié par Eric Fassin sur 6 Août 2016, 18:25pm

Catégories : #Fassin, #Acrimed, #JLM2017

La mort d’Adama Traoré, une affaire d’État

https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/050816/la-mort-d-adama-traore-une-affaire-d-etat

La mort d’Adama Traoré, une affaire d’État

5 août 2016 ; par Eric Fassin (Enseignant-chercheur, sociologue ; Professeur à l'université Paris-8 (Vincennes - Saint-Denis), département de science politique et département d'études de genre. Chercheur au Laboratoire d'études de genre et de sexualité (LEGS, CNRS - Paris 8 - Paris Ouest).

À part le procureur de la République de Pontoise, qui peut croire encore que la mort d’Adama Traoré, le 19 juillet à Beaumont-sur-Oise, était un accident? Pour autant, il ne faudrait pas se contenter d’y voir une simple bavure des gendarmes. D’emblée, il s’agissait d’un crime d’État ; mais depuis lors, c’est devenu une affaire d’État.

Si l’on peut parler de crime d’État, c’est que ces tragédies à répétition, dont sont victimes des Français noirs ou arabes, ne constituent pas seulement un dérapage. Elles contredisent les discours officiels, mais elles confirment un choix politique effectif, réitéré sous les gouvernements successifs, qui se traduit en actes sur le terrain. On a davantage parlé des violences policières depuis l’instauration de l’état d’urgence, en particulier au cours des manifestations contre le projet de loi Travail. Reste qu’avant cette répression politique, les personnes racisées les subissaient de longue date dans une certaine indifférence. Cette répression au quotidien à l’encontre des habitants des « quartiers » aurait pourtant dû servir d’avertissement à toute la société : l’état d’exception est aussi un état ordinaire.

On n’a pas oublié que François Hollande, une fois élu à la présidence de la République, a rapidement renoncé aux récépissés pour lutter contre les contrôles au faciès. Avant de céder à son ministre de l’Intérieur, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault avait pourtant rappelé, le 1er juin 2012, l’intérêt de cet engagement de campagne : « Ce sera utile à tous » – non seulement « aux personnes contrôlées », mais « aux policiers aussi, car les policiers ont besoin de retrouver la confiance et le respect ». Plus grave, lorsque cette pratique ordinaire a valu à l’État une condamnation pour faute lourde en 2015, son successeur, Manuel Valls, a tenu à se pourvoir en cassation. Pis encore : en 2016, non seulement le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, déclare à l’Assemblée nationale, au vu du faible nombre de plaintes pour discrimination, qu’il s’agit d’un phénomène « totalement marginal », mais l’État va jusqu’à justifier les contrôles au faciès.

En effet, pour rechercher des étrangers en situation irrégulière, selon un mémoire adressé au tribunal par le représentant de l’État, et rendu public par Mediapart, n’était-on pas forcé de viser « la seule population dont il apparaissait qu’elle pouvait être étrangère » ? Autrement dit, l’État considère explicitement que les Arabes et les Noirs ont des têtes d’étrangers, soit à l’inverse que les Français, normalement, sont blancs. Voilà pourquoi on peut dire qu’une politique raciale d’État a tué Adama Traoré qui s’est enfui à vélo faute d’avoir ses papiers sur lui : si ce n’est lui le coupable, c’est donc son frère (que les gendarmes venaient arrêter), ou bien quelqu’un des siens.

On peut parler aussi d’une affaire d’État, tant le procureur de la République a pratiqué ce que Le Monde appelle avec retenue « une communication sélective ». Après la première autopsie, Yves Jannier a en effet parlé d’une « infection très grave », « touchant plusieurs organes » ; et puisque le médecin légiste n’avait pas relevé de « traces de violences significatives », le magistrat en concluait : la cause du décès « semble être médicale chez un sujet manifestement en hyperthermie au moment où il a été examiné par les services de secours. » Menotté, allongé en pleine chaleur dans la cour de la gendarmerie alors qu’après avoir déclaré avoir du mal à respirer, il a perdu connaissance, un homme meurt à 24 ans, quelques heures après son arrestation. Mais le problème, ce serait son état de santé, pas l’État !

Pourtant, après la seconde autopsie, il n’est plus question de la pathologie cardiaque évoquée par le procureur. Celui-ci insiste à nouveau sur l’absence d’aucune « trace de violences susceptible d’expliquer le décès » ; mais il ne dit toujours rien des symptômes d’asphyxie, alors qu’ils figurent dans les deux rapports d’autopsie (c’est « par respect de la dignité humaine » que la justice en refuse un troisième). Or, comme le révèle L’Obs, d’après le témoignage des gendarmes, la victime « a pris le poids de nos corps à tous les trois au moment de son interpellation. » Manifestement, le procureur de la République n’a qu’un objectif : écarter tout soupçon des forces de l’ordre. Autant dire que la séparation des pouvoirs se réduit, comme nous l’apprend Mediapart, à ne pas transmettre à la juge d’instruction divers rapports – celui du Service mobile d'urgence et de réanimation (SMUR), celui des pompiers qui sont intervenus et celui de la police technique et scientifique sur le véhicule des gendarmes.

Le lien entre le crime et l’affaire, c’est l’État, avec une politique qui passe par l’interdiction d’exprimer politiquement ce qui vient de se passer. On l’a vu lorsque la marche « pour la vérité » du 30 juillet a « tourné court », selon l’euphémisme du Figaro : en effet, la Préfecture de police de Paris l’a empêchée au dernier moment pour « des raisons tenant à la protection des institutions », « à la préservation de l’ordre public » et pour assurer « la propre sécurité des manifestants ». Ces trois logiques vont-elles vraiment dans le même sens ? N’est-ce pas contre les soutiens de la famille d’Adama Traoré que les institutions veulent se protéger ? Et l’interdiction de protester contre les abus de l’État, loin de préserver l’ordre public, ne le trouble-t-elle pas ?

Sous prétexte de combattre le terrorisme, ce gouvernement prétend préserver les forces de l’ordre de toute critique. En réalité, cela revient à aggraver l’hostilité d’une partie de la population à leur égard. Décréter leur irresponsabilité ne les protège donc pas, bien au contraire. De fait, ce désordre d’État menace en profondeur la légitimité de nos institutions. La défiance des citoyens à leur égard, si répandue dans les quartiers populaires, s’est diffusée dans des pans entiers de la société. Pour beaucoup de Français, la République n’apparaît plus comme la chose publique mais comme un slogan sans écho. Désormais, on ne saurait parler du « pays des droits de l’homme » qu’avec ironie. Face à ceux qui, à l’instar de Nicolas Sarkozy, réduisent l’État de droit à des « arguties juridiques », les belles paroles de Manuel Valls sur une « ligne infranchissable » sonnent creux, terriblement creux.

http://www.acrimed.org/JT-de-France-2-bref-Adama-Traore-est-mort

JT de France 2 : bref, Adama Traoré est mort

Le 19 juillet 2016, Adama Traoré, jeune homme noir de 24 ans, est mort à la suite de son interpellation par la gendarmerie, à Beaumont-sur-Oise, dans des conditions encore indéterminées. Le 30 juillet, au soir d’un rassemblement exigeant « justice et vérité », appelé par la famille du défunt et ayant réuni entre 600 et 1000 personnes sur le parvis de la Gare du Nord de Paris, le JT de 20h de France 2 consacre seulement 23 secondes au sujet. Un temps court, mais suffisamment long pour diffuser des contre-vérités.

Les milliardaires états-uniens, le chassé-croisé, et Adama Traoré

La « brève » est tellement brève qu’il est facile de la livrer dans son intégralité :

En bref, une image du rassemblement de soutien à la famille d’Adama Traoré, ce jeune homme mort il y a quelques jours lors de son interpellation par la police. Un rassemblement s’est tenu devant la Gare du Nord à Paris, un peu plus de 600 personnes étaient présentes. Ses proches réclament la vérité sur les circonstances du décès. La justice, elle, a conclu que le jeune homme n’avait subi aucune violence.

Avant de revenir sur le contenu de ces trois phrases, et notamment de la dernière, on ne peut que s’interroger sur la brièveté (23 secondes) et les conditions du traitement réservé à ce rassemblement dans un JT de 39 minutes diffusé sur une chaîne publique. Il faut dire qu’au soir de la manifestation de soutien à Adama Traoré, de plus âpres affaires ont retenu l’attention de la rédaction de France 2, des affaires jugées plus importantes au regard de la hiérarchisation des sujets balayés par cette édition du soir, et dont les téléspectateurs ne sauraient être privés [1]. Parmi ceux-ci, l’immanquable chassé-croisé estival a eu non seulement le privilège d’ouvrir le journal mais aussi d’être décliné, sur un peu plus de sept minutes – apprécions la disproportion – en divers « reportages », allant des éternelles fenêtres sur automobilistes immobilisés au « carnet de route » pour vivre les bouchons en direct : « Nous sommes à Valence, il est huit heures. L’objectif pour nous c’est d’aller à Narbonne, on va voir si on y arrive. »

La priorité est ici aux « automobilistes fatigués », aux bouchons qui gâchent les vacances et au « vent de fatalisme » soufflant sur cette « journée particulièrement difficile ». Si prompte à recueillir la lassitude des juilletistes, la rédaction n’a pas jugé bon de diffuser le moindre témoignage dans le cas de sa « brève » consacrée au rassemblement de soutien à Adama Traoré. Sur les 23 secondes en effet, les téléspectateurs n’entendront pas la parole des organisateurs de la manifestation, pas plus que celle de ses participants, et ce alors même que des images du rassemblement, captées par des journalistes de France Télévisions présents sur place, ponctuent les trois phrases du présentateur.

Et cette édition du soir n’est pas en reste : toujours au regard des 23 secondes dédiées au rassemblement, remarquons que la rédaction choisit de consacrer – dans le cadre de sa rubrique « Été gourmand » – cinq minutes à « l’éclade, un plat de moules typique [de l’île d’Oléron] cuit aux aiguilles de pin », ainsi que cinq autres (longues) minutes aux milliardaires états-uniens ayant jeté leur dévolu sur des appartements de luxe au sommet des tours de New York : Tatiana et Warren, bras dessus bras dessous, débouchent du champagne face à l’Empire State Building, noyé dans un soleil déclinant. Voilà qui est, chacun l’avouera, beaucoup moins futile que la mort, lors d’un contrôle d’identité, d’un jeune homme noir de 24 ans, et les exigences de vérité de ses proches.

On aurait pu imaginer que le sujet avait déjà occupé – ou occuperait – un temps d’antenne plus conséquent lors d’une autre édition du JT. Mais il n’en est rien : le JT de France 2 n’en parle ni la veille, ni le lendemain – pas plus que ne le font ses versions de 13h [2] –, et le 30 juillet, le jour de la « brève », le sujet n’apparaît même pas dans l’encart « Tous les sujets », répertoriés sur le site de replay du journal à la suite de la vidéo...

Relégué aux bas-fonds de ce journal télévisé, le rassemblement (et « l’affaire » en elle-même) s’apparente(nt) donc à une information de second rang, que l’on peut visiblement traiter « en bref », au détour de « reportages » sur les bouchons et les appartements de milliardaires états-uniens. Si elle n’est pas chose nouvelle [3], la disproportion est d’autant plus frappante qu’elle donne lieu, dans le cas du traitement du rassemblement, à une véritable désinformation.

Entre approximations et contre-vérités

Revenons à présent sur le contenu du « reportage » qui, faute de temps sans doute, oublie de mentionner le fait que le « rassemblement » de Gare du Nord aurait dû être un défilé, si la préfecture n’avait pas décidé de bloquer les manifestants, et que le chiffre de 600 manifestants est celui de la police, tandis que les organisateurs revendiquaient 1000 participants. Mais là n’est pas le plus important. C’est en effet la sentence qui clôt le sujet qui mérite d’être examinée : « Ses proches réclament la vérité sur les circonstances du décès. La justice, elle, a conclu que le jeune homme n’avait subi aucune violence ». Comprendre : alors que les proches d’Adama Traoré soupçonnent que le jeune homme serait mort du fait de violences policières, « la justice » a déjà établi que ce n’était pas le cas.

Une belle assurance qui tranche avec le ton mesuré des articles publiés la veille et le jour même sur divers sites d’information, qu’ils évoquent les hypothétiques « conclusions » de la justice ou l’existence ou non de « violences ». En effet, le moins que l’on puisse dire à la lecture de ces articles est que les éléments alors à la disposition des journalistes auraient dû inciter le JT de France 2 à la plus grande prudence.

Au sujet des « violences » tout d’abord, si le procureur a bien affirmé le 28 juillet que les deux autopsies pratiquées sur Adama Traoré n’avaient mis en évidence « aucune trace de violence susceptible d’expliquer le décès » [4], l’affirmation selon laquelle le jeune homme n’aurait « subi aucune violence » est largement sujette à caution. On apprenait ainsi sur le site de L’Obs le 29 juillet que des « abrasions cutanées » avaient été relevées par les médecins légistes sur le cuir chevelu et sur différentes parties du corps du défunt, et surtout que les gendarmes ayant procédé à l’interpellation d’Adama Traoré avaient déclaré ce qui suit devant les enquêteurs : « Il a pris le poids de nos corps à tous les trois au moment de son interpellation. » Lorsque l’on sait, en outre, que les deux rapports d’autopsie évoquent un « syndrôme asphyxique » [5] comme cause du décès, la formule utilisée dans le JT de France 2 est pour le moins approximative, pour ne pas dire mensongère.

L’idée selon laquelle la justice aurait « conclu » quoi que ce soit est, quant à elle, une contre-vérité. Il suffit pour s’en convaincre de se reporter aux divers articles publiés d’après une dépêche AFP datée du 28 juillet, entre autres sur le site de… France Télévisions le 29 (soit la veille du JT évoqué ici) [6], dans lesquels on peut lire ceci :

Selon le procureur, « l’explication de la cause du décès ne pourra être apportée qu’avec l’ensemble des analyses (bactériologie, toxicologie, anatomopathologie) » dont les résultats sont attendus « dans le courant du mois d’août » [7].

En d’autres termes, rien n’a été « conclu ». Et nul besoin d’être un journaliste d’investigation employé à plein temps sur cette « affaire » pour comprendre qu’en l’absence de toute conclusion, plusieurs hypothèses subsistent quant aux circonstances de la mort d’Adama Traoré. Ainsi, quelques heures avant la manifestation, la famille du défunt tenait une conférence de presse, durant laquelle l’une de leurs avocates expliquait ce qui suit :

Aujourd’hui, à l’aune de deux autopsies il est impossible de déterminer exactement les causes du décès [...]. Il a d’abord été fait mention d’une crise cardiaque, finalement on parle d’infection, [et] ce qui est certain c’est qu’Adama est mort d’asphyxie. Elle peut s’expliquer de différentes manières et la famille veut connaître avec certitude les causes de cette asphyxie. [8]

La parole de l’avocate de la famille n’est évidemment pas neutre, mais elle n’en demeure pas moins un élément incontournable pour quiconque entend informer au sujet de « l’affaire » Adama Traoré. Mais au JT de France 2, on en a décidé autrement, quitte à tricher un peu, voire beaucoup, avec la vérité, en « concluant » une enquête toujours en cours [9].

À vouloir faire trop court, on finit souvent par faire n’importe quoi. Telle semble être la morale de cet épisode peu glorieux pour le service public [10]. Ainsi, lorsqu’un procureur déclare qu’une autopsie ne révèle « aucune trace de violence susceptible d’expliquer le décès » et que certains médias ne retiennent que la formule « aucune trace de violence », France 2 va encore plus loin : « aucune violence ». Il faut dire qu’en 23 secondes, on n’a pas le temps de dire grand chose. Et puisque c’est l’été et que les moules d’Oléron attendent, nul besoin de s’attarder sur la complexité de « l’affaire » Adama Traoré qui risquerait de créer un embouteillage dans le JT : circulez, y’a rien à voir.


Pauline Perrenot et Julien Salingue



Post-Scriptum (3 août, 10h30) : Comme nous l’a fait remarquer, sur Twitter, Laurent Borredon, du Monde, une autre erreur figure dans la « brève » : Adama Traoré n’a pas été interpellé par la police mais par la gendarmerie. 23 secondes décidément d’une grande richesse...

[1] Le détail des sujets, et leur durée, figurent en annexe.

[2] Notons en revanche que les sujets sur le chassé-croisé, les vacances et les embouteillages abondent, puisque présents dans ces six éditions (le 29, le 30 et le 31 juillet à 13h et 20h). Le 30 juillet, le journal de 13h s’ouvre par sept minutes de « reportage » sur les routes et dans les campings, reportages par ailleurs recyclés dans l’édition du soir...

[3] Les « vacances » font partie de ces marronniers journalistiques, peu coûteux en temps et en investigation, qui occupent un espace démesuré au détriment d’autres informations. Voir à ce propos notre chronique sur les vacances d’hiver.

[4] Sur les aléas du suivisme médiatique vis-à-vis du procureur, voir cet article d’Arrêt sur images (lien payant).

[5] Voir par exemple, sur le site de Libération : « Adama Traoré : les deux expertises font état d’une “asphyxie” » (publié le 29 juillet).

[6] Voir également le site du Monde ou celui de RTL.

[7] Extrait de l’article publié sur le site de France Télévisions.

[8] Notons que de nouveau, la citation ci-dessus est de nouveau tirée du site de… France Télévisions.

[9] 48 heures après la diffusion du sujet, on pouvait ainsi lire sur le site du Monde « [qu’]une instruction est en cours au tribunal de grande instance de Pontoise, qui vise à éclairer les circonstances de la mort » et que « la famille d’Adama Traoré va déposer une plainte pour violence volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

[10] Sauf erreur de notre part, les JT de France 2 ne sont pas revenus, depuis le 30 juillet, sur « l’affaire » : ni précision, ni rectificatif.

Annexe : les sujets (minutés) du JT du 30 juillet

- 0-1’30 : Titres
- 1’30-8’15 : Les bouchons, le « chassé-croisé », les vacances
- 8’15–12’45 : Saint-Étienne-du-Rouvray
- 12’45–15’02 : « Mosquées : quels financements ? »
- 15 ’02–15’25 : Rassemblement Adama Traoré
- 15’25–17’44 : « Transports : des long-courriers à prix cassés »
- 17’44–20’18 : « Pologne : les fidèles se pressent dans la ville natale de Jean-Paul II »
- 20’18–23’43 : « JO 2016 : dans la baie polluée de Guanabara, qui va accueillir des épreuves de Rio »
- 23’43–28’42 : « New York : vivre en haut des gratte-ciel »
- 28’42-33’42 : « Vacances : à la découverte de l’éclade, spécialité de l’île d’Oléron »
- 33’42–39’ : « Harry Potter : la saga revient au théâtre »

http://www.francetvinfo.fr/faits-divers/adama-traore/info-france-3-mort-d-adama-traore-la-famille-porte-plainte-contre-une-gendarme-pour-faux-en-ecritures-publiques-et-modification-de-scene-de-crime_1579285.html

INFO FRANCE 3. Mort d'Adama Traoré : la famille porte plainte contre une gendarme pour faux en écritures publiques et modification de scène de crime

La famille d'Adama Traoré, mort lors de son interpellation à Beaumont-sur-Oise le 19 juillet, avait déjà annoncé son intention de porter plainte pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans l'intention de la donner.

Elle avait déjà annoncé cette semaine son intention de porter plainte pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans l'intention de la donner. La famille d'Adama Traoré, mort lors de son interpellation le 19 juillet à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise), a également décidé de porter plainte à l'encontre d'une gendarme pour faux en écritures publiques aggravés, dénonciation calomnieuse et modification de scène de crime, a appris France 3 auprès de son avocat, Me Yassine Bouzrou, samedi 6 août.

Dans la plainte transmise vendredi au procureur de la République de Pontoise, et que France 3 a pu consulter, l'avocat de la famille Traoré accuse une gendarme de l'Isle-Adam (Val-d'Oise) d'avoir reporté de fausses informations dans un procès-verbal rédigé au soir de la mort d'Adama Traoré, et censé relater le déroulement de l'interpellation durant laquelle le jeune homme a trouvé la mort.

Or, cette gendarme qui a rédigé le procès verbal "avait nécessairement conscience de la fausseté des mentions qu’elle inscrivait sur le procès verbal, puisqu’elle avait conversé avec ses collègues avant de le rédiger". "Il est donc permis de penser qu’elle l’a rédigé dans le dessein de protéger ses collègues et de nuire à la manifestation de la vérité dans le cadre de l’enquête relative aux causes de la mort de Monsieur Adama Traoré", estime Me Bouzrou.

"De nombreux actes d'enquête" sans instruction

L'avocat de la famille d'Adama Traoré affirme également que cette gendarme aurait procédé "à de nombreux actes d'enquête" — notamment en mettant sous scellés différents éléments — sans qu'"aucune instruction ne lui avait été donnée" en ce sens par le parquet de Pontoise.

Le site Mediapart (article payant) avait déjà révélé vendredi que cette gendarme avait "décidé de ne pas attendre les consignes" du magistrat de permanence, et "pris l'initiative d'isoler les militaires du Peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie (Psig) ayant participé" à l'interpellation d'Adama Traoré. Mediapart précisait que cette gendarme avait également "procédé, sans être manifestement habilitée à le faire, à une saisie d'une pièce importante pour l'enquête, à savoir le polo porté par l'un des gendarmes, 'maculé de traces rougeâtres s'apparentant à du sang'".

La famille d'Adama Traoré avait déjà annoncé jeudi qu'elle allait porter plainte pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans l'intention de la donner. Selon les rapports d'autopsie cités par l'avocat de la famille, l'homme de 24 ans, décédé le 19 juillet à Beaumont-sur-Oise lors de son interpellation par des gendarmes, a manqué d'oxygène, sans que l'on sache pourquoi à ce stade. Dans une enquête, francetv info expliquait que les trois gendarmes qui ont interpellé Adama Traoré ont fait pression avec leur corps pour le maîtriser.

https://paris-luttes.info/communique-de-la-famille-d-adama-6524

Communiqué de la famille d’Adama suite à la manif du 30 juillet

Publié le 5 août 2016 | Maj le 4 août

10e arrondissement | répression | manifestation | meurtres de la police

Nassée au bout d’à peine quelques dizaines de mètres, la marche pour Adama n’a pas eu lieu mais au delà des interrogations multiples, c’est avant tout la solidarité que retient la famille Traoré: vérité et justice pour Adama !

Samedi 30 juillet, nous comptions marcher de la Gare du Nord à Bastille pour réclamer vérité et justice suite à la mort d’Adama Traoré. Bien que la demande de manifester ait été déposée et que la préfecture n’ait émis aucune objection, nous avons été bloqués par des rangées de CRS. Dès lors, il nous a été interdit d’avancer ou même de quitter la manifestation pendant plusieurs heures. Nous ne pouvons qu’interroger ce choix dans un contexte particulièrement tendu. A quoi jouent les autorités ? A Paris où notre marche pour la justice a été avortée comme à Beaumont où les provocations des gendarmes ont émaillé toute la semaine suivant le décès de notre frère, nous ne pouvons que nous interroger sur les buts recherchés...

S’ils ont tenté de gâcher notre marche, l’interdiction n’est pas ce que nous retenons de ce samedi 30 juillet. Ce que nous garderons en mémoire sont les centaines de visages que nous avons vus défiler en hommage à Adama Traoré. Merci à tous ceux qui ont fait le déplacement ainsi qu’a ceux qui ont organisé des rassemblements dans d’autres villes et qui nous envoient tous les jours des messages de soutien. Merci enfin aux collectifs qui nous ont apporté des précieux conseils et qui nous ont fait profiter de leur expérience sur ces sujets.

Nous savons qu’Adama Traoré n’est pas le premier à mourir asphyxié lors d’une interpellation par les forces de l’ordre. De nombreuses familles de victimes nous ont d’ailleurs contactés. Les gendarmes l’ont dit eux-mêmes, il a été asphyxié après avoir été écrasé par les corps de trois d’entre eux (240 kg). Et malgré les nombreux signaux de douleur qu’il a envoyés, sa gêne respiratoire n’a pas été prise en compte par les gendarmes. Et dire qu’a début on nous parlait de malaise cardiaque et d’infection !

Aujourd’hui, alors que les circonstances de sa mort se précisent progressivement, nous nous interrogeons sur les déclarations du procureur de la République qui a volontairement omis des informations capitales sur le déroulé de l’interpellation. De nouveaux éléments seront communiqués dans les prochaines heures. Nous invitons les journalistes à prendre contact avec Me Yassine Bouzrou qui devient le seul référent juridique sur cette affaire. Pour toute question de cet ordre, merci de bien vouloir prendre attache avec lui.

Nous espérons qu’Adama Traoré sera le dernier à subir cela et comptons tout mettre en œuvre pour dénoncer et éviter que cela se reproduise. La très forte mobilisation prouve une chose : les gens se sont malheureusement reconnus dans cette histoire et ils en ont assez de ces interpellations qui finissent mal.

Les prochains jours seront au recueillement et au rapatriement du corps au Mali. Nous ne l’avons pas encore reçu mais il devrait nous être rendu dans les prochaines heures. Nous pourrons alors organiser la prière du mort sur lui et l’enterrer. Vos prières sont les bienvenues.

Nous vous tiendrons au courant des prochains rendez-vous et des résultats des examens complémentaires. Restons mobilisés pour que la vérité éclate et que justice soit faite.

Pas vu à la télé (5) – Le contrôle au faciès – Invité : Issa Coulibaly jeudi 30 juin 2016 (la date est importante, bien sûr, pour celles et ceux qui auraient déjà le mot « opportunisme » à la bouche)

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