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traduction française de textes anglais; éditoriaux; revue de presse


Dans l’industrie du cochon, tout est bon pour France 2

Publié par Samuel Gontier sur 20 Août 2015, 18:45pm

Catégories : #ma vie au poste, #FNSEA, #medias de reverence

Dans l’industrie du cochon, tout est bon pour France 2

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Ma vie au poste, le blog télé de Samuel Gontier

Dans l’industrie du cochon, tout est bon pour France 2 ; Samuel Gontier ; Publié le 18/08/2015. Mis à jour le 18/08/2015 à 19h06.

« L’été 2015 est le second été le plus chaud de l’histoire en France », annonce BFMTV au matin du 18 août. Une telle anticipation ressort de la divination. Il suffirait que surviennent une « vague de froid » et un « épisode neigeux » d’ici le 20 septembre pour anéantir ce brillant record.

Le site TF1 news est plus circonspect : « Attentat à Bangkok : acte politique ou terroriste ? », interroge-t-il. Faire péter cinq kilos de TNT dans une rue bondée en tuant une petite vingtaine de personnes ne saurait être qualifié d’« acte terroriste » que s’il est commis par des islamistes. Sinon, c’est un « acte politique » aussi anodin que le dépôt d’une motion de censure au Parlement.

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La veille au soir, le 20 heures de France 2 pose la seule question qui vaille : « Les touristes visés ? » Que les Thaïlandais se massacrent entre eux nous importe peu, l’essentiel est d’informer les téléspectateurs des risques encourus s’ils partent en vacances en Thaïlande…

Julian Bugier poursuit l’énumération des titres de son JT : « Vers une reprise du marché du porc, mais aucun accord sur le long terme n’a été trouvé. Les éleveurs sont vent debout, nous les entendrons. » « Les éleveurs de porcs soulagés après la réunion au ministère de l’Agriculture », commence le reportage. Il faudrait savoir. Les éleveurs sont-ils « soulagés » ou « vent debout » ? Malgré la promesse de Julian Bugier, nous ne les entendrons pas dans ce sujet. Le seul éleveur interrogé se trouve en effet dans le reportage suivant.

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« Au-delà de la gestion de crise à court terme, reprend le présentateur, l’enjeu est de relancer la filière face à la concurrence allemande ou danoise et à leurs fermes géantes. » Et donc de produire du porc à 1,20 euro le kilo. « Un modèle que l’on dit plus rentable, assure le présentateur. Alors pourquoi la France ne s’y est jamais convertie ? Est-ce l’exemple à suivre ? » Oui, s’il n’est pas trop tard.

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Le reportage débute par une effrayante image, « des enclos à perte de vue dans la campagne américaine »… Américaine ou armoricaine ? Un sous-titre situe la ferme à « Plaintel (Côtes-d’Armor) », dans le Far West français. « A l’étranger, l’élevage se pratique dans sa version XXL, explique la journaliste. Rien à voir avec la France et ses petites exploitations souvent familiales, comme chez cet éleveur breton. » Bienvenue à la ferme XXS. « Lui rêve d’agrandir son exploitation mais, pour l’instant, c’est 120 truies, pas une de plus. » Dommage. Engraisser davantage de porcs est pourtant la meilleure solution pour faire face à la crise de surproduction dont souffre l’Europe.

« On a un nombre maxi, explique l’éleveur. J’ai pas le droit de dépasser. C’est que des papiers, que des papiers. A chaque fois qu’on veut faire une modification, il faut faire une demande. » L’impitoyable Administration ne se contente pas de martyriser les cultivateurs de maïs en les privant d’irrigation, elle se mêle aussi de saboter la fibre entrepreneuriale des éleveurs de cochons.

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« Pour avoir plus de porcs, il lui faudrait beaucoup plus que ses 60 hectares, c’est la loi qui l’impose », poursuit la journaliste. « Il faut que j’augmente le nombre d’hectares disponibles pour épandre mon lisier », peste l’agriculteur, farouche partisan de la biodiveristé (des algues vertes). « Un manque de terre et un casse-tête administratif qui expliqueraient en partie la taille réduite des exploitations françaises, déplore la reporter : 200 truies en moyenne contre 560 au Danemark et 1200 en Espagne. »

« Les professionnels du secteur en sont conscients, l’élevage français souffre de ses structures trop petites. » « Nous devons nous orienter vers une certaine concentration, soutient Guillaume Roué, président d’Inaporc, parce qu’il n’y a pas la relève humaine de toute manière. Mais on n’ira pas vers le gigantisme à l’américaine ou à la brésilienne voire espagnole. Ça me paraît tout à fait inconcevable dans la culture française qui est la nôtre. »

C’est donc la culture française qu’il convient de faire évoluer. « Les fermes géantes ont mauvaise réputation en France, rappelle la journaliste. Elles seraient synonymes de mauvaises conditions de vie des animaux, de propagation plus rapide des maladies ou encore de problèmes écologiques liés à la gestion des déchets. » Des allégations (au conditionnel) qui n’ont jamais pu être vérifiées mais qui continuent à être propagées par quelques activistes. « En Picardie, par exemple, la ferme des mille vaches aura mis cinq ans à voir le jour et suscite toujours l’opposition des écologistes. » Entre le harcèlement de l’Administration et celui des écolos, il devient difficile de « relancer la filière face à la concurrence ».

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Heureusement que le service public est là pour exposer les vrais problèmes de cette « filière ». Car les chaînes privées, elles, ont succombé à la propagande des écoloterroristes. Lundi, BFMTV présente un reportage chez Philippe Duté, un agriculteur breton qui « échappe à la crise » et « a retrouvé l’amour du métier » en élevant « à l’air libre » des porcs bio « choyés et nourris aux céréales bio ». « On produit ce que l’on est capable de vendre et non l’inverse », prétend-il. Au mépris des lois du marché.

Même TF1 s’est rangée du côté des bobos écolos en allant visiter dimanche dernier deux élevages bretons de porcs bio. « J’avais de plus en plus de mal à monter sur le tracteur pour épandre des pesticides, explique le premier agriculteur. On produit des porcs pour l’alimentation humaine, c’est une question de conscience. » Que vient faire cette « conscience » mal placée quand il s’agit de « compétitivité » ?

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« On nourrit les porcs avec l’aliment qu’on a produit sur la ferme », se vante l’agriculteur. Voilà qui ne va pas arranger les affaires de la « filière » défendue par Xavier Beulin, le président de la FNSEA et pdg de Sofiprotéol, qui vend chaque année 800 000 tonnes d’aliments aux éleveurs de cochons. « En bio, les coûts de production sont plus élevés mais les tarifs beaucoup plus stables, autour de 3,40 euros le kilo », précise la journaliste. « Le prix ne dépend absolument pas du marché de Plérin, renchérit le second agriculteur. Il est calé sur les coûts de production et de la marge qu’il est raisonnable de faire par rapport au temps de travail. » Alors là, on marche sur la tête (de cochon).

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Ma vie au poste, le blog télé de Samuel Gontier

La FNSEA, une monoculture intensive dans les JT ; Samuel Gontier ; Publié le 14/08/2015. Mis à jour le 14/08/2015 à 18h02.

« Le conflit s’enlise », annonce le titre de Soir 3. « La crise agricole s’enlise », renchérit Le 19.45 de M6. Ils se sont donnés le mot… mais pas seulement. Les deux chaînes ont aussi profité de la journée portes ouvertes à la ferme de Carole Joliff, « éleveuse de porc dans les Côtes d’Armor », qui a reçu (séparément) leurs deux reporters. Etrangement, ni M6 ni France 3 ne précisent que Carole Joliff est aussi présidente de la section porcine de la FDSEA des Côtes d’Armor…

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L'éleveuse, qui engraisse 4 000 porcs par an, se plaint sur France 3 d’être « prise en otage ». « Par qui?», demande le reporter. « Par les industriels ». Les télés, elles, se sont laissées prendre en otage par la FNSEA, comme si les apôtres de l’agriculture productiviste étaient les mieux placés pour en dénoncer les méfaits. Mardi dernier, BFMTV diffusait en boucle l’avis éclairé de Xavier Beulin, président de la FNSEA et accessoirement « industriel » en tant que pdg de Sofiprotéol — environ 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont une partie, via sa filiale Sanders, est réalisée par la vente de 800 000 tonnes d’aliments… aux éleveurs de porcs !

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(Au passage, notez combien la génétique porcine a progressé : nos cochons atteignent maintenant la taille de vaches laitières.)

BFMTV ne le précise pas, et se contente d’enregistrer le laïus du patron du « syndicat majoritaire », lequel peut se résumer ainsi : le sens civique des consommateurs ne fait aucun doute, il suffirait de créer et de généraliser un label « porc français » pour écouler la production des éleveurs nationaux avec l’aide d’« un petit coup de pouce [financier, ndlr] du gouvernement ». Le manque de verve et d’imagination de cette proposition constraste avec l’éloquence habituellement employée pour prôner « la compétitivité de la filière agricole française » — et sur le site de Sanders : « La 2e Révolution Agricole se gagnera par la modernisation des filières animales. »

La filière de la FNSEA, en tout cas, est très compétitive dans les JT, quel que soit le sujet. Mercredi, elle creusait son sillon sur France 2, qui tendait le micro à ses représentants pour un reportage sur la sécheresse et les obstacles à l’irrigation. Une nouvelle fois, le journaliste omettait de préciser l’engagement syndical des agriculteurs rencontrés. Deux d’entre eux affichaient toutefois leurs opinions par le biais de produits dérivés, des T.shirts estampillés « Jeunes Agriculteurs ».

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« Yohann Palisse regarde ses pieds de maïs avec le cœur gros », déplore le reporter dans la première ferme ardéchoise. « Ça fait mal au cœur », confirme l’agriculteur. « Les fortes chaleurs de juillet ont fait griller ses cinq hectares en quelques jours, explique le journaliste. Il a interdiction totale d’irriguer, il se trouve dans une zone de restriction d’eau maximale. » C’est trop injuste.

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« Il y a une dizaine de jours, un gros orage vient remplir la rivière. » J’ignorais qu’il fût possible de « remplir une rivière ». « Une aubaine, pense alors le jeune agriculteur », désireux de « sauver ses cultures ». Interrogeant l’intéressé : « C’est là que vous avez eu un PV ? » « Oui. » « Un PV car il n'avait pas le droit de pomper dans la rivière. Il pourrait recevoir une amende de 1500 euros. » Une amende (au conditionnel) pour avoir voulu « sauver ses cultures » ? C’en est trop

Cet acharnement de la méchante Administration mériterait d’être dénoncé par Jean-Pierre Pernaut. Mais il est en vacances. C’est donc France 2 qui se charge de nous apitoyer… sans interroger une seconde la pertinence de cultiver du maïs en Ardèche. Ce serait donner de la confiture à ces cochons de téléspectateurs.

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