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traduction française de textes anglais; éditoriaux; revue de presse


Méprisons la langue française (et l’anglaise, par la même occasion) : une rentrée solférinienne

Publié par Bernard Gensane sur 30 Août 2014, 14:18pm

Catégories : #solferiniens, #propagandes, #education

Méprisons la langue française (et l’anglaise, par la même occasion) : une rentrée solférinienne

Reprise d’un billet de Gensane, extrait de sa série « Méprisons la langue française », qui devrait être reconnue d’utilité publique.

Sur ce petit coin de toile, j'ai pour principe, depuis le début, d’essayer d’éviter de dire « Je », précisément. Je vais cependant faire une exception aujourd’hui, pour signaler un autre billet de Gensane, dans lequel il reprenait un article de Nathalie Vienne-Guérin : http://bernard-gensane.over-blog.com/le-coup-du-parapluie-macbeth-et-columbo-à-scotland-yard

En effet, NVG n’est autre que l’enseignante qui fit de la découverte du « Songe d’une Nuit d’Été », un enchantement, pour moi et ses autres élèves de l'université de Rouen, il y a vingt ans. Par la suite (il y a de cela sept ans), et pour un enjeu bien plus important, elle guida ma lecture d’une pièce (beaucoup) moins connue de Shakespeare, « Coriolan ». Elle est spécialiste de « l’injure dans le théâtre de Shakespeare », et le spectacle de la jubilation qu'elle éprouvait à nous faire savourer le « thou, painted maypole ! » d’Hermia à Helena, fait partie de ces moments où l’on se sent privilégié d’avoir eu un jour la possibilité de poursuivre des études supérieures.

Je pense à elle plus que jamais, à la veille de chaque rentrée, depuis celle de 2012, c’est à dire la date de l’extinction shakespearienne dans le système éducatif français. Depuis la rentrée 2012 en effet, l’étude d’une œuvre complète d’un auteur anglophone pour les élèves « spécialistes » des séries « L » et ES » (qui avaient choisi l’option, coefficient 4), a disparu des programmes, pour être remplacée par une épreuve obligatoire de « Littérature Étrangère en Langue Étrangère » en « L » uniquement (mais pour tous les élèves, donc). L’épreuve dure … 5 minutes, sans préparation, porte sur une liste de textes regroupés par « thèmes » ; et le coefficient 1 qui lui est attribué, est à la mesure du mépris qu'éprouvent pour elle les « pédagogues » qui décident de tout désormais, en matière « d’éducation ».

Il se trouve que j’ai terminé ma carrière d’enseignant de l’épreuve de spécialité « anglais », sur œuvre complète, par l’étude du « Songe d’une Nuit d’Été ». Ce furent les deux plus belles années de ma carrière d’enseignant, tout court, et je suis redevable pour cela – aussi - à celle qui m’avait si bien préparé.

J’éprouve une amertume immense à faire partie d’une génération d’enseignants qui auront accompagné (avec beaucoup de mauvaise volonté dans mon cas, mais qu'est ce que cela change?) l’extinction, en milieu lycéen français, de l’œuvre de Shakespeare (en classe « normale », d’un lycée « normal », avec des élèves « normaux », pas ceux d’une de ces sections qui permettent de masquer la misère de l’enseignement des langues vivantes …). J’ai utilisé volontairement le mot « extinction » deux fois, car plus le temps passe, et plus je me demande si le véritable problème écologique n’est pas celui d’une « écologie de l’esprit », si le problème du nombre d’œuvres disparues, de fait, des esprits de nos élèves, n’est pas encore plus grave que celui du nombre d’espèces animales/végétales qui disparaissent.

C’est au grand professeur d’Oxford, Richard Dawkins, que l’on doit le mot « mème ». Selon lui, les êtres humains, comme les autres espèces, sont des « machines à survie » pour les gènes, unités de base de la reproduction biologique, mais nous sommes plus : nous permettons également la survie, par reproduction différenciée également, d’idées, d’« unités culturelles », de … mèmes. Les propagandes à l’œuvre depuis un peu plus de trente ans, servent, en politique, à faire table rase de tous les « mèmes » poussant les humains à agir dans le sens de « plus d’égalité, plus de démocratie » (voir l’article de Lordon dans le dernier numéro du « Monde Diplomatique »), pour les remplacer par d’autres « mèmes » … ceux que Didier Porte déconstruit brillamment dans la vidéo que je joins à ce billet.

En matière d’éducation, le même procédé est utilisé : « la grammaire c’est ringard, faire apprendre du vocabulaire/des verbes irréguliers c’est de la maltraitance, enseigner une langue, il faut que ce soit « ludique », or Shakespeare c’est chiant, etc, etc … » (et je ne reprends pas tout le charabia effrayant destiné à brancher les élèves à toutes sortes de gadgets, à désincarner l’enseignement) ont pris toute la place, dans (quasiment) tous les cerveaux, comme autant de vérités révélées dont la contestation relève de l'hérésie.

Je ne saurais trop recommander à celles et ceux qui se souviennent encore que l’enseignement ce fut, et ce pourrait encore être, autre chose (une salle, des élèves, un bouquin, un prof passionné, ayant compté parmi les lauréats d'un concours plus qu'exigeant: en 1994, c'était le "Songe", Nathalie Vienne-Guérin, et nous; Lucifer merci, pas de TICE en ce temps-là …), de lire les ouvrages de Nathalie Bulle, dont on trouve également un nombre non négligeable d’articles à cette adresse : http://skhole.fr/, afin que (peut-être) survivent les « mèmes » dont les fanatiques écranophiles qui tiennent les rênes de notre système éducatif – solférinorwelliens en tête – ont fait table rase.

H.

http://bernard-gensane.over-blog.com/2014/08/meprisons-la-langue-francaise-23-7.html

30 août 2014

Méprisons la langue française (23)

Dans les grandes banques d'affaires, comme celles des Rotschild, presque tout est rédigé en sabir anglo-américain, donc on pense en sabir anglo-américain.

Malgré de longues études dans un lycée de jésuites bien français, le surdoué Macron n'a pas échappé à la règle.

http://img.over-blog-kiwi.com/0/54/91/86/20140829/ob_c12d65_capture-d-ecran-2014-08-28-a-19-09.png

Invité dans une réunion de patrons, et même en tant que Secrétaire Général adjoint à la Présidence de la République, il ne peut s'empêcher de produire ce charabia de colonisé dans sa tête :

"Nous sommes une société mature mais averse au risque où l'entreprenariat est insuffisamment considéré et où règne l'anarcho-syndicalisme."

Je passe rapidement sur la référence à l'anarcho-syndicalisme qui témoigne soit d'une singulière bêtise politique, soit plutôt (car l'homme n'est pas bête) du désir de plaire à ses bons maîtres. D'autant qu'il vient de concéder que "les normes sociales et autres" (notez le mépris de "et autres" et l'utilisation de "normes" à la place de "lois"), "les Français y sont attachés et on ne peut pas spontanément tout faire basculer." En d'autres termes, il faudra un peu de vaseline pour imposer la dictature, pardon l'hégémonie totale, du CAC 40. J'ajouterai que, malgré une pratique syndicale de près de 50 ans, j'ai croisé un maximum de trois pelés et un tondu anarcho-syndicaliste dans notre pays.

Je ne sais pas trop ce qu'est une société "mature", mais je devine. En revanche, l'expression "une société averse au risque" me scandalise. Voilà un exécrable exemple d'anglais en français. L'expression "averse à" n'existe pas dans la langue des jésuites français. En revanche "to be averse to doing" signifie "répugner à faire". "I am not averse to an occasional drink" signifie "j'aime bien boire un petit coup de temps en temps".

Si je voulais pinailler, je terminerais en signalant que "l'entreprenariat est insuffisamment considéré" est un calque de l'anglais ("entrepreneurship is insufficiantly considered"), avec l'utilisation de la voix passive, et aussi dans la mesure où les verbes "to consider" et "considérer" ne sont pas parfaitement superposables.

Alors comme ça, ce jeune homme a épousé sa prof de français âgée de 20 ans de plus que lui, et il est toujours aussi approximatif dans sa langue maternelle ! C'est bien triste. Mais quand on pense dans une langue autre que la sienne, on pense mal.

Méprisons la langue française (et l’anglaise, par la même occasion) : une rentrée solférinienne

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