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traduction française de textes anglais; éditoriaux; revue de presse


Prix Busiris pour Marion "Marine" Le Pen

Publié par Eolas sur 5 Avril 2014, 10:30am

Catégories : #F Haine, #delinquance

http://www.maitre-eolas.fr/post/2014/04/04/Prix-Busiris-pour-Marion-Marine-Le-Pen

Prix Busiris pour Marion "Marine" Le Pen

Par Eolas le vendredi 4 avril 2014 à 22:40

NB : Ce billet devait à l’origine être publié sur le site de l’Académie (http://busiris.fr/), mais un bug semble s’y opposer. C’est avec plaisir que j’héberge cette annonce ici en attendant.

L’Académie a été tirée de sa torpeur par une énormité juridique proférée par Marion Le Pen, dite Marine Le Pen, au micro de RTL. Qu’elle en soit remerciée.

Invitée de jean-Michel Aphatie, qui l’interrogeait sur sa récente condamnation par le tribunal correctionnel de Béthune dans l’affaire d’un tract calomniant Jean-Luc Mélenchon, son adversaire aux élections législatives (tous deux seront battus). Voici la vidéo, ça commence à 05:50.

Marine Le Pen : “Il faut la supprimer, sinon la… par rtl-fr

Voici la transcription des propos qui ont retenu l’attention de l’Académie : à la question de savoir si sa condamnation pour manœuvre électorale frauduleuse et diffusion d’un montage d’une image sans autorisation de l’intéressé était grave, la présidente du Front national répond :

« Non, ce qui est grave, c’est ce qu’a fait le tribunal de Béthune, dont je vous signale que j’avais déposé contre lui (sic.) une requête en suspicion légitime, ce qui prouve que à l’avance, je savais pertinemment que ce tribunal n’allait pas juger avec impartialité cette affaire, j’ai donc fait appel, et donc je ne suis pas condamnée, pour l’instant, Monsieur Aphatie.»

Le prix Busiris est double dans cette phrase, ce qui récompense enfin un fort potentiel jamais primé à ce jour, ce tort est rattrapé.

► Première couche : “j’ai déposé une requête en suspicion légitime, ce qui prouve que je savais à l’avance que ce tribunal n’allait pas juger avec impartialité”.

Ce à quoi l’Académie répond que le fait que cette action n’ait pas prospéré tend à prouver le contraire.

D’autant qu’un article du Point nous apprend que Madame Marion Le Pen n’a pas déposé elle-même ladite requête, et c’est là tout le problème.

Une requête en suspicion légitime, art. 662 du code de procédure pénale, vise à demander à la Cour de cassation de considérer que la juridiction amenée à juger une affaire a démontré, dans son ensemble, un défaut de partialité tel qu’il convient de confier l’affaire à une autre juridiction. C’est le cas par exemple quand l’assemblée générale du tribunal a adopté une motion de soutien au magistrat victime de l’infraction qu’il a à juger. La procédure n’est pas compliquée : le prévenu signe une requête (ou la fait déposer par un avocat aux Conseils) expliquant en quoi la juridiction lui paraît légitimement suspecte et la dépose au greffe de la Cour de cassation, et la porte à la connaissance des autres parties (ici le parquet et M. Mélenchon) pour qu’ils puissent faire connaître leurs observations. Pas compliquée, mais trop quand même puisque la requête a été déclarée irrecevable car signée non par la prévenue mais par un avocat ordinaire, ce que la loi ne permet pas et qu’elle ne l’a pas notifiée aux autres parties par-dessus le marché. La requête n’a donc même pas été examinée. Amateurisme de la part d’une avocate et de son avocat ? Ou manœuvre pour éviter que la requête ne soit jugée infondée, le but étant de gagner du temps pour que l’affaire soit jugée après les municipales ? L’Académie ne pouvant prêter des intentions aussi cyniques à une femme politique faisant de la probité son oriflamme, elle ne peut que conclure à l’incompétence.

Toujours est-il que le simple dépôt, irrégulier qui plus est, d’une requête, ne saurait constituer la preuve de la partialité d’une juridiction. L’exploitation de ce fiasco ressemble trop à la manœuvre de quelqu’un se sachant sur le point d’être condamnée visant à jeter la suspicion sur le tribunal pour se faire passer pour une victime pour que l’Académie laisse passer.

► Deuxième couche : « J’ai fait appel donc je ne suis pas condamnée.»

Celle-ci a été déterminante pour l’attribution de ce prix. C’est une superbe inversion de la cause et de l’effet. Non, Marine Le Pen n’est pas “pas condamnée” car elle a fait appel : elle a fait appel parce qu’elle est condamnée. Sinon, une simple question : si elle n’est pas condamnée, pourquoi a-t-elle fait appel ?

Une juridiction pénale doit juger deux points : la culpabilité et la peine. Tout jugement doit contenir une déclaration de culpabilité ou relaxer. Ici, il y a eu déclaration de culpabilité, puis prononcé d’une peine : 10 000 euros d’amende. L’appel a bien un effet suspensif, mais de la peine seulement. On ne peut exiger de Marion Le Pen qu’elle paye les 10 000 euros. La condamnation, elle, existe bel et bien. Elle n’est pas définitive, et peut être infirmée par la cour d’appel, mais en attendant, elle existe et figure sur un jugement revêtu du sceau de la République et rendu au nom du Peuple français que la récipiendaire prétend abuser.

Cette manipulation des faits, qui s’ajoute à la manœuvre de la requête en suspicion légitime, visant à retarder un jugement mal engagé, pour des raisons électorales, caractérise la maltraitance du droit pour des motifs politiques qui est l’essence du Prix.

Une avocate, qui a plaidé au pénal, et qui s’en vante pour asseoir sa légitimé et sa compétence, ne peut l’ignorer, ce qui caractérise la mauvaise foi.

L’Académie a aussitôt procédé au vote et a décerné un prix Busiris par acclamation, avec mention “chapeau bas”.

Le Prix Busiris est un prix de fantaisie qui récompense (comme la cravache récompense le cheval récalcitrant) l'usage abusif du droit dans le débat politique.

En effet, parfois, quand un homme politique doit justifier ses turpitudes, il a recours à une ruse qui consiste à dire que ce n'est pas lui qui veut cela mais le droit qui le lui impose, alors qu'il n'en est rien. Une telle ruse lui ouvre droit au prix décerné par l'Académie Busiris, prestigieuse entité éthérée qui a pour mission d'être la gardienne du droit dans le débat public.

Le prix est décerné par une proclamation qui moque quelque peu le récipiendaire, mais à sa propre décharge, l'Académie fait observer que c'est lui qui a commencé.

Le nom de Busiris vient du personnage de la pièce de théâtre de Jean Giraudoux, la Guerre de Troie n'Aura Pas Lieu (1934). Il apparaît à l'Acte II, scène 5. C'est un juriste sicilien convoqué par les anciens de la ville de Troie, afin de démontrer que la manœuvre de la marine grecque constituait une insulte à l'égard de Troie qui justifiait la guerre. Menacé par Hector d'être jeté en prison jusqu'à ce qu'il démontre par un raisonnement tout aussi juridique que cette manœuvre devait en fait se comprendre comme un hommage et un indiscutable signe de paix, le juriste fait aussitôt cette démonstration aussi solidement étayée que la première. Hector fait alors ce commentaire qui est la devise de l'Académie :

Mon cher Busiris, nous savons tous ici que le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité.

La définition exacte du prix est "un propos juridiquement aberrant, si possible contradictoire, proféré de mauvaise foi, et mû par l'opportunité politique plus que par le respect du droit".

Le premier récipiendaire et de facto inspirateur du prix est François Fillon.

Conformément à l'article 67 de la Constitution, qui lui accorde une immunité absolue, le Président de la République en exercice ne peut se voir attribuer le prix Busiris.

Prix Busiris pour Marion "Marine" Le Pen

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