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traduction française de textes anglais; éditoriaux; revue de presse


8 Mars 2014; Ukraine: un Bilan

Publié par Hervé Le Gall sur 8 Mars 2014, 15:56pm

En 4 parties. À noter que la troisième (« Provocation à Kiev ») n’a, à ma connaissance (surprise, surprise), été reprise … nulle part. Une bonne petite catastrophe aérienne devrait permettre d’étouffer l’info définitivement (en plus, il semble qu’il y ait des français parmi les victimes : la Camarde fait décidément bien les choses) …

H.

http://russeurope.hypotheses.org/2068

Une solution raisonnable pour l’Ukraine

8 mars 2014

Par Jacques Sapir

En réaction à ma dernière note [1], La Crimée et le Droit, Steve Ohana [2] m’a posé la question de savoir qu’est-ce qu’un gouvernement ukrainien « raisonnable » devrait faire pour éviter l’explosion du pays. Je le rappelle, je considère qu’une telle explosion serait la pire des solutions tant pour les pays européens que pour la Russie [3]. Écrivant cela, je suis pleinement conscient que les acteurs politiques évoluent dans un monde de représentations qui peut diverger assez largement des réalités. Ce n’est donc pas parce qu’une solution apparaît « rationnellement » correspondre aux intérêts qu’elle sera adoptée. Pourtant, je persiste à croire qu’il est de l’intérêt du pouvoir en Ukraine d’aboutir à une situation qui soit acceptable par tous et qui préserve une Ukraine unie et indépendante. Énonçons donc les conditions minimales :

(1) Le gouvernement de Kiev doit absolument se séparer immédiatement de tous les éléments extrémistes, organiser un désarmement complet et une dissolution des milices. Il doit accepter de collaborer avec une commission d’enquête internationale indépendante (qui pourrait être constituée sous l’égide de l’OSCE ou des Nations Unies) pour faire toute la lumière sur l’origine réelle des tirs des snipers qui ont fait tant de victimes place Maïdan.

(2) Il doit convoquer une conférence nationale de réconciliation avec toutes les parties en présence pour refonder le pacte national qui a été mis à mal par les événements depuis le 21 février. De cette conférence devra sortir un processus électoral qui soit accepté par tous, tant pour le Parlement que pour le Président.

(3) Symétriquement, il doit demander à toutes les autorités de déclarer un moratoire sur les référendums sur le rattachement à la Russie. En tout état de cause ces référendums ne devraient avoir lieu que si cette conférence échoue. Il s’engage aussi, pour le temps de la conférence sur le pacte national à ne pas introduire de nouveaux éléments des forces armées en Crimée.

(4) Il doit alors s’interdire de modifier les traités existants ou de signer de nouveaux traités. Ceci ne pourra être fait, en tout état de cause, que par les autorités issues des nouvelles élections. Il pourrait même faire une déclaration d’intention renonçant solennellement à demander l’admission de l’Ukraine dans l’OTAN pour autant que les pays membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies s’engagent à garantir l’indépendance du pays.

Telles sont les conditions minimales pour geler la situation et avoir quelques chances de la voir évoluer de manière favorable. Il est cependant clair qu’un volet économique important devrait accompagner ces décisions, car la situation de l’Ukraine est réellement dramatique aujourd’hui. Ce volet n’est pas, en partie, du ressort des autorités de Kiev. On peut néanmoins donner quelques précisions à son sujet. Il impliquera :

(a) Dans l’immédiat un accord entre les pays européens et la Russie pour éviter à l’Ukraine un défaut de paiement et lui permettre de faire face à ses engagements immédiats.

(b) Dans le moyen terme, des réformes doivent être mises en place, mais l’Ukraine devra développer son intégration avec l’économie russe, ce qu’elle fait en réalité depuis la Révolution Orange (et oui…l’économie a ses lois que l’on ignore à ses dépens), car seule cette intégration est en mesure de fournir à l’Ukraine la croissance dont elle a besoin.

Je ne sais si ces conditions sont réalisables, mais en tout état de cause elles devraient former la base du discours de la diplomatie française, quitte à offrir à M. BHL de longues vacances aux îles Kerguelen.

[1] Sapir J., « La Crimée et le Droit », RussEurope, posté le 7 mars 2014, URL : http://russeurope.hypotheses.org/2062

[2] Sur Twitter @ohanasteve

[3] Sapir J., « Sauvegarder l’unité de l’Ukraine », RussEurope, posté le 3 mars 2014, URL : http:// http://russeurope.hypotheses.org/2045

http://russeurope.hypotheses.org/2062

La Crimée et le Droit

mar 7th, 2014 @ 06:25 › Jacques Sapir

Les événements ont tendu à s’accélérer avec la décision prise par l’assemblée de la République autonome de Crimée de demander son rattachement à la Russie. Les autorités russes sont clairement embarrassées par cette proposition, qui pourrait les mettre en porte-à-faux vis-à-vis de la communauté internationale. D’un autre côté, il est clair que cette proposition joue sur la corde sensible de la solidarité avec les populations. Une manifestation de soutien à la Crimée « russe » réunissant plus de 60000 personnes s’est tenue le vendredi 7 mars à Moscou. C’était précisément le type de situation qu’il fallait éviter. Mais il est à craindre aujourd’hui que le diable ne soit déjà hors de la bouteille et qu’il soit très difficile de l’y faire entrer à nouveau. La position des gouvernements occidentaux, en dépit des rodomontades dont certains sont très friands, n’est pas non plus très assurée.

L’impératif de cohérence.

En effet, la Russie avaient fait la proposition que l’on revienne aux accords du 21 février, accords qui – il faut le rappeler – avaient été co-signés par des pays de l’Union Européenne. C’était une proposition raisonnable et c’était dans son cadre que j’avais écrit une des précédentes notes [1] en soulignant les conditions auxquelles pouvaient ce faire ce retour [2]. Un retour à ces accords impliquait la dissolution du gouvernement provisoire, le rétablissement dans ses fonctions du Président Ianoukovitch et le constat de l’illégalité du comportement des autorités de la République autonome de Crimée. Telle aurait été la meilleure des solutions qui restait possible jusqu’au jeudi 6 mars au matin. On conçoit que le retour à Kiev du Président Ianoukovitch n’aurait pas été chose facile, mais si ses adversaires avaient eu à l’esprit les intérêts supérieurs du Pays, ils auraient pu, et dû, accepter cette solution, sachant qu’elle n’était que temporaire et que des nouvelles élections auraient été bientôt organisées. Encore une fois, je ne dis pas que cela eut été chose facile, et ce sans même parler des extrémistes de « Pravy Sektory » et de « Svoboda », dont le rôle dans les incidents qui avaient conduit à l’accord du 21 février, les tirs de snipers dont furent victimes tant des policiers que des manifestants [3], reste encore à investiguer de manière indépendante [4]. Il y avait beaucoup de méfiance entre les deux camps. Mais, le fait est que cette solution restait possible.

Néanmoins, le Président Ianoukovitch a fui Kiev dans la nuit, et un pouvoir de fait s’est installé. Qu’il ait fui parce qu’il craignait pour sa vie ou que, comme Anne d’Autriche et Mazarin lors de la Fronde il ait cru qu’il serait plus fort hors de Kiev que dedans importe peu. Le pouvoir était à prendre et des gens l’ont ramassé. Les pays de l’Union Européenne considèrent qu’il s’agit d’une « révolution ». Le problème est qu’une révolution implique (et suppose) l’interruption de la légalité constitutionnelle. Si l’on accepte ce point de vue, alors cela donne une légitimité au nouveau gouvernement mais aussi, il faut le signaler, à la décision des autorités de Crimée de demander le rattachement à la Russie. Admettre cette solution révolutionnaire, c’est reconnaître explicitement la faillite de l’État ukrainien. Mais reconnaître cette faillite implique que l’État post-révolutionnaire ne sera pas nécessairement identique à celui qui existait dans la période pré-révolutionnaire. Avec la faillite de l’État vient la faillite, ou la rupture, du pacte faisant Nation et établissant l’Ukraine comme « res-publica », soit la chose commune d’une population donnée. Désormais libérée de ce pacte, une partie de la population peut parfaitement choisir de ne pas le renouveler et de sceller un autre pacte, soit de manière indépendante, soit en union avec un autre pays.

Du point de vue des principes, la position des Etats-Unis mais aussi de l’Union Européenne, ne tient pas. Le Président Obama, le Président de la Commission, et M. Barroso, disent qu’un référendum sur l’indépendance est illégal. Il ne l’est que si l’on se situe dans le cadre d’un retour aux accords du 21 février. À partir du moment où l’on se situe dans le cadre d’un processus révolutionnaire, où l’on considère qu’il y a eu un acte fondateur avec la constitution du gouvernement provisoire, cela implique que tous les acteurs de la société ukrainienne sont également libérés des contraintes constitutionnelles de l’ancien régime. De même, la décision du nouveau gouvernement de signer au plus vite le traité avec l’Union Européenne implique que ce gouvernement s’est affranchi des règles anciennes ; sinon il devrait attendre la tenue des nouvelles élections. Mais, si l’on considère alors que ces anciennes règles ne sont plus, cela est vrai aussi pour le gouvernement de la Crimée. En tout état de cause, on ne peut appliquer un principe de droit à Kiev et un autre à Simféropol !

Les conséquences possibles.

Notons, alors, que ceci a des conséquences étendues. Ce qui est vrai pour la Crimée l’est aussi pour tout autre région de l’Ukraine. Déjà, les villes d’Odessa et de Nikolaïev ont demandé leur rattachement à la Crimée ; demain, il est à prévoir qu’elles demanderont aussi d’organiser un référendum sur le rattachement à la Russie. Demain, certaines villes ou régions de l’Ouest pourraient décider de rallier la Pologne. Les pays de l’Union Européenne et les Etats-Unis vont découvrir à leurs dépens ce qu’est une logique révolutionnaire. Ils sont déjà en train de découvrir qu’une coopération avec la Russie était essentielle s’ils voulaient conserver une Ukraine unie et indépendante, et pas uniquement pour des raisons économiques. Ces pays ont décidé d’exclure la Russie du jeu du 22 février au 2 mars. Ils doivent maintenant en accepter le résultat. Dès lors, démoniser la Russie et son Président n’ont plus aucun sens, si ce n’est de sauver la face de ces dirigeants. Henry Kissinger a d’ailleurs déclaré « Démoniser M. Poutine n’est pas une politique, mais une manière de masquer une absence de politique ».

Mais, il est à craindre que les conséquences ne s’arrêtent pas là. M. Barroso s’était permis, il y a quelques semaines de faire la leçon aux indépendantistes Écossais en disant que l’adhésion d’une Ecosse indépendante à l’UE était rien moins qu’évidente. A-t-il pensé un instant à ce que deviendra sa position si l’UE engage des négociations avec une Ukraine partitionnée ? A-t-il pensé un instant au signal envoyé par l’UE aux indépendantistes catalans et basque ? A-t-il pensé un instant à la lecture qui serait faite en Belgique, tant par les flamands que les wallons, des événements d’Ukraine ? Les dirigeants de l’EU et des Etats-Unis ont ouvert la boîte de Pandore. Le choc sur l’Union Européenne de ces événements se révélera dévastateur. Ce choc va se doubler d’un second, encore plus grave, si une période de confrontation avec la Russie s’installe. L’Union Européenne est une zone de faible croissance. Elle risque, dans ces circonstances, de le rester pour une longue période. Enfin, l’image que renvoie l’Union Européenne dans le reste du monde, en Afrique et en Asie en particulier, est détestable. C’est celle d’une puissance néo-coloniale, usant et abusant de ses points de force sur les plus faibles, prenant des décisions sans en mesurer les conséquences et en dépit des principes du droit. Le Président Obama a, un peu rapidement, affirmé que « la Russie était isolée ». En réalité, ce pays a reçu un soutien très clair de la Chine et de l’Inde, et de nombreux autres pays d’Asie. Ce n’est pas tant par sympathie pour les positions russes que parce que ces pays comprennent la cohérence du droit international et la nécessité de la respecter.

La logique des événements de la première semaine de mars 2014 est loin d’être épuisée. On ne sait trop aujourd’hui quelles mauvaises, ou pourquoi pas bonnes, surprises nous réserve l’avenir. Mais il est clair que nous aurons bientôt, lors des élections européennes, le moyen de sanctionner nos gouvernements pour leur complète impéritie, voire l’hubris, dont ils ont fait preuve sur la question ukrainienne.

[1] Sapir J., « Sauvegarder l’unité de l’Ukraine », RussEurope, le 3 mars 2014, URL : http://russeurope.hypotheses.org/2045

[2] Nombreux furent mes lecteurs pour me dire que s’ils approuvaient mes propos, ils me trouvaient bien optimiste. Qu’ils sachent que c’était l’optimisme de la volonté, qui n’empêche nullement le pessimisme de l’intelligence.

[3] Sapir J., Provocation à Kiev?, in RussEurope, le 5 mars 2014, URL : http://russeurope.hypotheses.org/2051

[4] Mme Merkel a reconnu dans la conférence de presse qui a eu lieu à Bruxelles dans l’après-midi du 6 mars que l’origine et les commanditaires des snipers de la place Maïdan méritaient une enquêtes. On peut cependant se demander ce qu’il en adviendra quand on sait que le Procureur Général est un membre de « Svoboda »

http://russeurope.hypotheses.org/2051

Provocation à Kiev?

5 mars 2014

Par Jacques Sapir

Breaking News

C’est ainsi que l’on appelle une information urgente, et celle-ci pourrait bien l’être. Le site ZeroHedge [1] a mis en ligne une conversation téléphonique entre Mme Catherine Ashton (représentant l’UE) et le Ministre des Affaires Étrangères de l’Estonie quant à l’origine des snipers qui ont fait une partie des morts lors des manifestations de la place Maidan à Kiev qui ont conduit à l’éviction du Président légal, M Ianoukovitch. On peut y entendre (la conversation est en anglais) :

Paet: Toutes les évidences montrent que les personnes qui ont été tuées par des snipers des deux côtés, les policiers et les personnes dans les rues, que c’était les mêmes snipers tuant ces personnes des deux côtés…Des photos montrent que ce sont les mêmes pratiques, le même type de balles, et il est très troublant que maintenant la nouvelle coalition, ils ne veulent pas faire une enquête sur ce qui c’est exactement passé. Ainsi il y a maintenant une compréhension de plus en plus forte que derrière ces snipers il n’y avait pas Ianukovitch mais quelqu’un de la nouvelle coalition.

Ashton: Je pense que nous voulons une enquête. Enfin, je n’avais pas saisi cela, c’est intéressant. Gosh.

Paet: Cela discrédite déjà la nouvelle coalition.

Ceci est extrêmement grave. Cette fuite, confirmée par ailleurs par le Ministère des Affaires Étrangères de l’Estonie [2], indique que ce sont bien des provocations organisées par des personnes dans le camp des manifestants, qui ont abouti à créer l’émotion nécessaire pour forcer le Président Ianoukovitch au départ. Ces provocations sont responsables de dizaines de morts. On discerne alors mieux la trajectoire de ce qui s’est déroulé. Après l’accord du 21 février 2014, certains dans le camp des anti-Ianoukovitch ont décidé de passer en force, et dans ce but ont organisé des provocations criminelles, qui ont été relayées par la presse dans les pays de l’UE et aux Etats-Unis. On comprend mieux, dans ce contexte, l’inquiétude qui s’est rapidement propagée dans l’Ukraine de l’Est et du Sud, conduisant aux manifestations pro-Russes de la fin de semaine dernière. Très clairement cela établit aussi que autant le début du mouvement avait bien était démocratique, autant ce qui s’est passé à Kiev relève d’un coup d’état et non d’une « révolution ». Les citoyens des pays de l’UE sont donc en droit d’exiger des comptes à Mme Ashton et à leur gouvernement et précisément :

1. Est-il vrai que Mme Ashton a été informée de ces événements et qu’est devenue l’enquête ?

2. Pourquoi l’UE ne veut elle pas faire de commentaire à ce sujet ou même de démenti ?

3. Que savaient les responsables de la diplomatie française ? Il est urgent que la commission des affaires étrangères se réunisse dans les plus brefs délais et entende le Ministre à ce sujet.

4. Une enquête doit donc être faite dans les plus brefs délais, par une commission indépendante. En attendant il faut suspendre tout contact entre les pays de l’UE et le nouveau pouvoir de fait en Ukraine.

[1] http://www.zerohedge.com/news/2014-03-05/behind-kiev-snipers-it-was-somebody-new-coaltion-stunning-new-leak-reveals-truth

[2] http://www.vm.ee/?q=node/19352

http://www.jean-luc-melenchon.fr/2014/03/05/la-strategie-de-loutrage-permanent/#more-19610

Avis aux Mickey à propos de l'Ukraine

Je crois donc utile de préciser noir sur blanc ma position. Je le fais à gros traits pour que les esprits avancés des salles de rédaction puissent comprendre. Je le fais donc dans leur langue. Je dis ce que « je soutiens » et ce que « je condamne ». Comprenez-moi bien : mes lignes ici seront un panneau de signalisation pour les Mickeys de la sphère médiatique. Allons-y : je ne soutiens pas Poutine. Ni les autorités de fait de l’Ukraine actuelle, ni les kleptocrates du gouvernement constitutionnel précédent. Mais, au contraire de Daniel Cohn-Bendit, je ne suis pas partisan de la guerre avec la Russie ! Et si je crois que les Russes n’ont rien à faire hors de leurs bases en Crimée, je condamne la tentative d’encerclement de la Russie par l’Otan qui en est la cause. Je condamne l’antisémitisme néonazi des ministres de fait au pouvoir en Ukraine, et je souhaite qu’ils soient rapidement expulsés de ce gouvernement.

Je le fais conformément aux recommandations de la résolution adoptée par le Parlement européen le 13 décembre 2012. J’en profite pour signaler que cette résolution « à propos de l’Ukraine » émane des sociaux libéraux, de la droite et des Verts, dont Daniel Cohn-Bendit. Elle dit sans aucune ambiguïté : « le Parlement s’inquiète de la montée du sentiment nationaliste en Ukraine, qui s’est traduit par le soutien apporté au Parti « Svoboda », lequel se trouve ainsi être l’un des deux nouveaux partis à faire son entrée à la Verkhovnaz Rada ; rappelle que les opinions racistes, antisémites et xénophobes sont contraires aux valeurs et principes fondamentaux de l’Union européenne et, par conséquent, invite les partis démocratiques siégeant à la Verkhovna Rada à ne pas s’associer avec ce parti, ni à approuver ou former de coalition avec ce dernier ». Ainsi, voilà ce que Cohn-Bendit en personne a signé et voté. Soutenait-il Poutine à cette occasion parce qu’il condamnait les néo nazis Ukrainiens ? Non, évidemment ! C’est pourtant ce qu’il me reproche d’avoir fait.

Ce n’est pas fini. Je condamne aussi les provocations du gouvernement de fait de l’Ukraine que sont sa demande d’adhésion à l’OTAN ou le retrait du russe comme une des langues officielles de l’Ukraine, d’ailleurs parlée majoritairement dans le Donetz et la Crimée. Je pense que les Etats-Unis n’ont rien à faire dans cette zone, et je condamne leur activisme belliqueux.

Bref, mon camp est celui de la paix contre la guerre. Car la guerre sur le vieux continent entraînant tout le monde comme par un enchaînement est redevenue possible. L’une des manières de l’éviter est de refuser de jouer avec des allumettes dans cette poudrière. C’est pourtant ce que font les va-t-en-guerre traditionnels de ce type de situation. Loin de faire le bilan des guerres qu’ils ont provoqué ou réclamé depuis 20 ans, ils en redemandent. L’Irak, la Lybie, l’Afghanistan, le Kosovo : ils n’ont rien appris, et ne veulent rien apprendre. Leur intérêt ce n’est pas la paix ou la guerre. C’est leur tropisme atlantiste fanatique. En attendant, les faits ne sont pas ceux que vendent les marchands de papier va-t-en-guerre. Ainsi concernant la présence militaire des russes. Elle ne comporte aucune illégalité selon le Général français Vincent Desportes qui le déclare sur BFM TV, le 2 mars 2014. Il dit : "La Russie ne viole aucune loi, qu'elle soit internationale ou autre. Selon les accords signés avec l'Ukraine, la Fédération est autorisée à disposer d'une force de 25 000 hommes sur le territoire ukrainien. Actuellement, même avec les derniers mouvements de troupes, les forces russes ne s'élèvent pas à plus de 15 000 hommes en Crimée, nous sommes encore loin du compte. Et l'Ukraine ne fait ni partie de l'UE, ni de l'OTAN ; de ce fait, ni l'UE ni l'Otan ne sont disposées ou autorisées à intervenir en Ukraine. "

Se mettre à distance du gouvernement de fait de l’Ukraine ce n’est pas en faire autant avec le mouvement insurrectionnel qui a renversé le pouvoir kleptocratique précédent. Au contraire. Pour moi, ce mouvement est riche de rebondissements, qui seront autant d’opportunités pour les forces qui pourront constituer une alternative. J’approuve les manifestations et l’insurrection de masse qui s’est dressée contre le pouvoir en place. Que les éléments les plus discutables aient pris la tête du processus contre les pouvoirs en place est tout simplement un fait de lutte commun à toutes les périodes révolutionnaires. Ce n’est peut-être qu’un mauvais moment à passer. Car il semble bien que les Ukrainiens de toutes les couleurs politiques conservent une grande énergie révolutionnaire intacte. Déjà plusieurs séquences révolutionnaires se sont enchainées sans que cette énergie se disperse. Or, que se doivent de faire les nouvelles autorités ? Une politique impopulaire au plus haut point pour rembourser la dette et faire face aux obligations du pays ?

Ne croyez pas que la situation va se détendre. Les intérêts engagés sont trop importants. Anglais, Français, Autrichiens, Allemands : les premières économies de l’Europe sont lourdement engagées en Ukraine et, en Russie, de toutes les façons possibles, les principales. Et j’ai bien noté qu’il est dorénavant accepté en Europe de chasser à coup de bâton un président élu et son gouvernement quand il est impopulaire, qu’il y a des ministres corrompus et que le peuple subit des sacrifices indignes tandis qu’une petite minorité s’enrichit indécemment. Je peux attester du fait que le message a été bien reçu sur le terrain ! En effet, dans la manifestation des cheminots européens à laquelle j’ai participé à Strasbourg, je ne compte plus ceux qui m’ont lancé : « alors il faut faire comme en Ukraine pour être entendu ? ». C’est la première fois de ma vie politique depuis trente ans que j’ai entendu des travailleurs se référer à une insurrection populaire en cours hors de nos frontières. Que les révoltés ukrainiens en soient remerciés du fond du cœur !

Retour aux Mickeys des médias. Voici ma position en résumé. La révolte populaire ukrainienne était légitime. Elle a été confisquée par un gouvernement illégitime et illégal dans lequel l’extrême droite a quatre ministres. L’énergie révolutionnaire des Ukrainiens n’est pas épuisée. La prochaine vague sera anti-européenne, c’est-à-dire hostile aux politiques que l’Union Européenne veut imposer là-bas pour récupérer sa mise bancaire et financière.

A l’heure actuelle l’enjeu numéro un est d’éviter la guerre. Cela signifie empêcher par-dessus tout la partition du pays : on ne touche pas aux frontières en Europe ! Ni ici, ni nulle part. La France devrait être un médiateur. Au lieu de cela, elle est enchainée derrière Merkel et les Etats-Unis. Elle s’est discréditée en s’alignant contre ses propres intérêts sur la position atlantiste. Le régime actuel est très provisoire. Il va discréditer la politique de l’Union européenne sur place et provoquer de nouvelles vagues révolutionnaires. Mieux vaut être atteint par l’onde de choc d’une révolution populaire que par celle de la guerre.

8 Mars 2014; Ukraine: un Bilan

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