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traduction française de textes anglais; éditoriaux; revue de presse


L’Orchestre Jouait « Waltzing Mathilda »

Publié par Eric Bogle; traduction Hervé Le Gall sur 4 Février 2014, 21:21pm

Catégories : #seventies, #pogues, #rum sodomy lash, #poppies, #gueules cassees, #lyrics

(Liens video : http://www.youtube.com/watch?v=cZqN1glz4JY (version des Pogues); ou « Lire la suite »(version originale))

L’Orchestre Jouait « Waltzing Mathilda »

Jeune homme, je portais mon balluchon,

Je menais l’existence libre d’un vagabond.

De la verdure du Bassin de Murray, jusqu’à la poussière des terres intérieures,

Pas un endroit où je n’aie fait valser la Mathilde.

Puis, en mille neuf cent quinze mon pays m’a dit, fiston,

Les balades, c’est terminé, il y a du pain sur la planche.

Alors, ils m’ont coiffé d’un chapeau de fer blanc, mis une arme en main,

Et m’ont envoyé à la guerre, au pas cadencé.

Et l’orchestre jouait « Waltzing Mathilda »,

Pendant que le bateau s’éloignait du quai,

Et au son des drapeaux qui claquaient, des acclamations, des pleurs,

Le vent nous poussa vers Gallipoli.

Je me souviens très bien de ce jour terrible,

De notre sang qui rougissait le sable et l’eau,

De cet enfer qu’ils appelaient la baie de Suvla,

Où nous fumes taillés en pièces, comme des agneaux sacrificiels.

Jeannot le Turc était fin prêt, il nous attendait,

Avec son déluge de balles et d'obus,

Et en cinq minutes, pas une de plus, il nous avait tous volatilisés,

Un peu plus leur souffle nous renvoyait en Australie.

Mais l’orchestre jouait « Waltzing Mathilda »,

Quand on s’arrêtait pour enterrer ceux qui étaient tombés au champ d’honneur.

On enterrait les nôtres, les Turcs enterraient les leurs,

Et puis, on remettait ça, encore et encore.

Quant à ceux qui restaient, on essayait de survivre,

Dans ce monde dément de sang, de mort, et de feu,

Et pendant dix semaines éreintantes, je me suis maintenu en vie,

Même si autour de moi, les cadavres s'amoncelaient.

C’est alors qu’un gros obus turc m’a balancé, cul par-dessus tête,

Et à mon réveil, sur mon lit d’hôpital,

J’au vu ce qu’il avait fait, et j’ai regretté de n’être pas mort.

Je n’aurais jamais cru qu’il y avait pire que la mort,

Mais plus jamais je ne ferais valser la Mathilde,

En liberté, jusque dans le moindre recoin du bush verdoyant,

Car pour porter tente et piquets sur son dos, un homme a besoin de ses deux jambes,

Faire valser la Mathilde, c’était fini pour moi.

Alors ils ont rassemblé les infirmes, les blessés, les estropiés,

Ils nous ont réexpédiés chez nous, en Australie,

Les manchots, les culs-de-jatte, les aveugles, les cinglés,

Tous ces fiers héros blessés de Suvla.

Pendant que notre bateau accostait le long du Quai Circulaire,

J’ai regardé l'endroit où mes jambes auraient dû se trouver,

Et Dieu merci personne ne m'attendait,

Pour souffrir, pour pleurer, pour me plaindre.

Et l’orchestre jouait « Waltzing Mathilda »

Pendant qu’ils nous faisaient descendre la passerelle,

Mais personne ne nous acclamait, ils restaient là, le regard fixe,

Avant de le détourner.

Maintenant, lorsque vient le mois d’Avril, je m’assieds sur mon porche,

Pour voir la parade passer devant moi,

Je regarde mes vieux camarades défiler avec fierté,

Revivre leurs vieux rêves de gloire passée,

Les vieux défilent avec lenteur, courbés, raides, perclus de douleurs,

Vieux héros fatigués d’une guerre oubliée,

Alors les jeunes demandent, « Pourquoi défilent-ils ? »

Et je me pose la même question,

Tandis que l’orchestre joue « Waltzing Mathilda »,

Et que les vieux continuent à répondre à l'appel.

Mais, année après année, le nombre de disparus augmente,

Viendra le jour où, en ce lieu, plus personne ne défilera.

Valser la Mathilde, faire valser la Mathilde,

Qui s’en ira faire valser Mathilde avec moi ?

On entend parfois leurs fantômes, qui défilent le long du Billabong,

Qui s’en ira faire valser la Mathilde avec moi ?

(Eric Bogle; 1971)

L’Orchestre Jouait « Waltzing Mathilda »

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