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traduction française de textes anglais; éditoriaux; revue de presse


De la difficulté à supporter David Cameron, prêchant l’austérité depuis un trône en or.

Publié par Ruth Hardy; traduction Hervé Le Gall sur 14 Novembre 2013, 17:10pm

Catégories : #guardian, #hardy, #oligarchie, #austeritaires, #grand bond en arriere, #lutte des classes

De la difficulté à supporter David Cameron, prêchant l’austérité depuis un trône en or.

L’image illustrant cette note provient du site de Michæl Moore, sur lequel figure également ce lien : http://www.businessinsider.com/picture-of-david-cameron-calling-for-austerity-2013-11.

On y trouve (en anglais) la liste des objets de luxe qui entouraient Cameron ce soir-là.

H.

http://www.theguardian.com/commentisfree/2013/nov/13/david-cameron-austerity-public-sector-cuts

De la difficulté à supporter David Cameron, prêchant l’austérité depuis un trône en or.

J’ai travaillé comme serveuse au banquet du lord-maire, et le contraste entre le discours de Cameron, et l’endroit d’où il le prononçait, faisait particulièrement froid dans le dos.

Ruth Hardy ; theguardian.com ; Mercredi 13 Novembre 2013

Lors d’un banquet d’état, organisé en l’honneur du nouveau Lord-Maire ce lundi, David Cameron a prononcé un discours qui portait sur son engagement en faveur de la cause de l’austérité permanente. Lorsqu’il prit la parole, il se leva de sa chaise en or, pour lire ses notes, posées sur un lutrin en or.

Il se trouve que j’étais également présente au banquet, j’ai donc pu entendre par moi-même l’information concernant le caractère permanent de la réduction des dépenses publiques. Malheureusement, je n’étais pas présente à ce banquet en tant que dignitaire, diplomate étranger, capitaine d’industrie, ou encore directeur d’une firme majeure de la City. Je me trouvais là pour y faire le service. Au départ, le contraste entre son discours et l’endroit depuis lequel il le prononçait, me sembla presque trop risible pour m’en énerver. Alors qu’en fait, il reflétait ce qui, dans l’attitude de Cameron envers ceux pour lesquels il prétend travailler, fait froid dans le dos.

Je travaille le soir, ainsi que les week-ends, pour une agence événementielle. L’agence est super, et les horaires sont souples, ce qui me permet de cumuler ce travail avec mon emploi principal (j’effectue un stage dans une entreprise). C’est difficile, et cela fait deux mois que je me trouve dans un état de semi-fatigue. Cela dit, il m’arrive effectivement de travailler pour des événements intéressants, et en l’occurrence le banquet de Guildhall était d’une originalité à couper le souffle. Même si, comme me le dit une de mes collègues : « Je pensais que Boris Johnson était lord-maire, c’est même la seule raison pour laquelle j’ai accepté de travailler ! ».

Les invités eurent droit à une réception au champagne, avant qu’on ne leur serve un hors-d’œuvre (« champignons britanniques en fête »), un plat de poisson, et du filet de bœuf en plat principal, le tout arrosé de vin, bien entendu. Lors de la pause qui précéda le dessert, le café, le vin de dessert, le porto, le brandy, et le whisky, Cameron fit son discours. Nous nous étions retirés à l’étage inférieur, dans les vapeurs de la cuisine, pour y astiquer les couverts. À ce moment, la plupart d’entre nous étions épuisés. Servir à table demande de la résistance physique, et je suis loin d’être la seule à cumuler deux ou trois emplois. Le contraste entre les deux mondes était saisissant ; quelqu’un fit remarquer que la situation évoquait une scène de Downtown Abbey.

Peut-être Cameron ne comprit-il pas l’ironie ; il avait peut-être oublié l’armée de serveurs, d’agents d’entretien, de cuisiniers, et de portiers, qui étaient également présents à ce banquet. Peut-être pensait-il se trouver dans une pièce remplie de personnes toutes aussi riches les unes que les autres, et convaincues de la nécessité de l’austérité. Il ne lui vint peut-être pas à l’esprit, que ce message ne serait sans doute pas assimilé aussi facilement, par celles et ceux qui ne venaient pas de savourer un repas de quatre plats. Il avait sans doute oublié ceux d’entre nous, les handicapés, les chômeurs, les travailleurs au salaire minimum, sur lesquels l’austérité produit un effet catastrophique, auxquels elle inflige des blessures.

Dans son discours, Cameron évoqua un « état dégraissé, plus efficient, moins coûteux ». Il soutint que l’austérité pouvait constituer une politique gouvernementale à caractère permanent ; une manière d’effectuer des coupes dans les excès administratifs de certains services publics. Il contextualisa son discours, en évoquant les difficiles conditions de vie actuelles – une réduction au minimum des dépenses de l’état se justifie, dans la mesure où les sommes qui y sont consacrées « proviennent des poches de ces mêmes contribuables, dont nous cherchons à améliorer le niveau de vie ».

Par contre, comme de bien entendu, il ne dit pas un mot des changements qui affecteront le banquet payé par l’état, à l’occasion duquel il prenait la parole. Celui de l’an prochain ne comprendra peut-être que trois plats, ou alors on y supprimera, sans la moindre pitié, le vin de dessert.

Au-delà de cette attitude idiote, qui consiste à arborer un nœud papillon blanc pour lancer un appel en faveur de la réduction des dépenses – cet homme a-t-il seulement déjà entendu parler de Twitter? – ne voit-il pas ce que la réduction des aides sociales inflige aux personnes les plus vulnérables de notre société ? Il savoure un banquet, alors que le nombre de personnes qui ont eu recours à une banque alimentaire, a triplé au cours de l’année dernière. Comme me l’a confié une collègue, de service avec moi ce soir-là : « Cela devient agaçant, de toujours servir de la nourriture gratuite, à ceux qui n’en ont vraiment pas besoin ».

De toute évidence, le contenu politique des discours de Cameron, est plus important que l’endroit d’où il les tient, mais je ne pense pas que ce dernier soit dénué de signification. Un homme, assis sur un trône en or, qui nous fait la leçon sur la nécessité de dépenser moins, comme un shérif de Nottingham des temps modernes, avec son nœud papillon blanc, me pose un problème fondamental. Pendant ce temps, tout autour de lui, la tache insidieuse de l’austérité s’étend sur le pays sous des formes diverses, comme « l’impôt sur les chambres », l’augmentation des frais de scolarité, ou encore la fermeture de services publics dont dépendent les plus vulnérables.

Chacun d’entre nous n’a qu’une chance de mener une existence digne de ce nom, et celles et ceux dont les vies sont anéanties par les coupes budgétaires, sont si nombreux. Si telle est la réalité, cruelle et nuisible, de l’austérité permanente, il est de notre devoir de faire savoir à M. Cameron, que nous n’en voulons pas.

De la difficulté à supporter David Cameron, prêchant l’austérité depuis un trône en or.

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