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traduction française de textes anglais; éditoriaux; revue de presse


Collectez-moi tout ça

Publié par Glenn Greenwald, traduction Hervé Le Gall sur 23 Juillet 2013, 01:23am

Catégories : #traduction, #guardian, #greenwald, #snowden, #nsa, #prism, #keith alexander

http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2013/jul/15/crux-nsa-collect-it-all

L’essence de l’histoire de la NSA tient en une expression: “Collectez-moi tout ça”

Il n’est pas difficile de discerner l’histoire qui compte vraiment: la NSA essaie de collecter, contrôler, et conserver toutes les formes de communication humaine.

Glenn Greenwald

guardian.co.uk, Lundi 15 juillet 2013 11.40 BST

Ce matin, le Washington Post fait un long portrait du Général Keith Alexander, le directeur de la NSA, un portrait qui met en lumière l’essence – le corps et l’âme - des histoires de la NSA, la raison pour laquelle Snowden a sacrifié sa liberté en dévoilant son identité, et le point central évident, pour tout journaliste responsable, ou à peu près sérieux, chargé de couvrir cette histoire. Le « Post » a l’obligeance d’inclure cette essence dans le titre même, sous la forme d'une expression unique:

Des observateurs disent du chef de la NSA que la menace terroriste alimente sa passion du « tout collecter »

Que veut dire l’expression « tout collecter »? Ce qu’elle dit, ni plus ni moins; le « Post » explique comment Alexander adopta une stratégie de surveillance du type « collectez-moi tout ça » orientée vers les Irakiens, au beau milieu d’une guerre ; et qu’il la transféra par la suite, de sorte qu’aujourd’hui elle se concentre sur la population des États-Unis, mais aussi sur la population mondiale :

"À l’époque, plus d’une centaine d’équipes d’analystes américains passaient l’Irak au peigne fin, à la recherche de bribes de données électroniques, qui les mèneraient peut-être aux fabricants de bombes, ainsi qu’à leurs usines secrètes. Mais le directeur de la NSA, ne se contenta pas de simples bribes. Il voulait tout : chaque SMS irakien, chaque appel téléphonique, chaque e-mail, tout ce que les ordinateurs surpuissants de l’agence pouvaient aspirer ».

Selon un ancien officier supérieur du renseignement, qui fut chargé du suivi de la mise en œuvre du plan, « Plutôt que de chercher une seule aiguille dans une meule de foin, sa démarche c’était « collectons toute la meule » ». Tout collecter, étiqueter, conserver . . . Puis, quel que soit le renseignement désiré, vous vous mettez à sa recherche …

« L’expression incarnait également la démarche controversée qui est celle d’Alexander, lorsqu’il s’agit de protéger les Américains contre ce qu’il estime constituer une foule de menaces imminentes, depuis le terrorisme jusqu’aux cyber-attaques dévastatrices.

Depuis huit ans qu’il est à la barre de l’agence de surveillance électronique du pays, Alexander, âgé de 61 ans, préside, en toute simplicité, à une révolution dans la capacité du gouvernement à repêcher des informations au nom de la sécurité nationale. De plus, à l’image de ce qu’il fit en Irak, Alexander sait insister lourdement pour obtenir tout ce qu’il peut : des outils, des ressources, ainsi que le pouvoir légal de collecter, et conserver de vastes quantités d’informations brutes sur les communications, en Amérique comme à l’étranger ».

En plus de la menace évidente, à faire froid dans le dos, que représente un état qui collecte toute forme de communication humaine – dont la politique explicite veut que littéralement aucune communication électronique ne puisse échapper au pouvoir de collecte, et de contrôle, des États-Unis – il se trouve la NSA n’est dotée d’aucun pouvoir légal pour faire ce qu’elle fait. Par conséquent:

« Même ses défenseurs, considèrent que l’agressivité d’Alexander l’entraîne quelques fois jusqu’à l’extrême limite de son pouvoir légal»

« L’extrême limite de son pouvoir légal » : en jargon-officiel-de-Washington, cela signifie « enfreindre la loi », du moins lorsqu’il s’agit d’évoquer des fonctionnaires de haut rang, en place à Washington, D.C. (à Washington, les seuls dont on dit qu’ils ont enfreint la loi sont ceux qui n’ont aucun pouvoir, raison pour laquelle tant de grands noms des médias prennent la liberté de traiter Snowden de criminel, pour tout avoir révélé à ses concitoyens, mais n’auraient jamais osé utiliser le même mot pour qualifier James Clapper, après qu’il eut menti au Congrès sur toute l'histoire, ce qui constitue un crime fédéral). Il est tout à fait clair que la stratégie de la NSA en matière de surveillance, du type « tout collecter », ne repose sur aucun pouvoir légal:

« Un démocrate, qui faisait face à Alexander lors d’une audition du Congrès tenue le mois dernier, a acuusé la NSA d’avoir franchi la ligne jaune en collectant les données des téléphones portables de millions d’américains ».

Le sénateur démocrate de l’Oregon, Jeff Merkley, a demandé au général quatre-étoiles, en agitant devant lui son portable : « Quel type d’autorisation vous a donné le droit d’acquérir les données de mon téléphone ? »

Je sais que tout ceci n’est pas aussi palpitant, pour certaines figures de proue médiatiques, que le feuilleton de la demande d’asile de Snowden, ou que les spéculations sur les traits de sa personnalité. Mais le fait que la NSA collecte toutes formes de communications électroniques entre américains, mais aussi entre individus aux quatre coins de la planète – et que de cette façon, comme je l’ai dit à de nombreuses reprises, elle tente, par définition, de détruire ce qui reste de droit à la vie privée, que ce soit aux États-Unis, ou ailleurs sur la planète – est une histoire dont la gravité se suffit à elle-même, étant donné, notamment, que tout ceci se déroule en secret. Dans l’article du « Post », c’est un autre ancien lanceur d’alerte qui en souligne le sérieux :

Selon Thomas Drake, ancien fonctionnaire de la NSA, et lanceur d’alerte, « Tout prendre, chaque fois que cela est possible est son unique obsession, c’est plus fort que lui ». Drake ajoute : « Poursuivre les politiques d’Alexander, reviendrait à complètement éviscérer nos libertés civiques ».

Un grand nombre de documents de la NSA, que nous avons déjà publiés, démontrent que le but de l’agence est de collecter, contrôler, conserver chaque communication téléphonique, ou par internet, ayant eu lieu à l’intérieur des États-Unis, et sur la Terre entière. Chaque jour, elle collecte déjà des milliards d’appels et d’e-mails. C’est encore un autre ancien lanceur d’alerte de la NSA, le mathématicien William Binney, qui révèle que la NSA a « rassemblé de l’ordre de 20 billions de transactions entre citoyens américains », et que « l’estimation ne comprend que les appels téléphoniques, et les e-mails ».

La NSA recherche en permanence à repousser les limites de ses capacités. À l’heure actuelle, ils conservent une telle masse, tout en se préparant à conserver encore plus, qu’ils se trouvent dans l’obligation de construire dans l’Utah un nouveau complexe gigantesque, tentaculaire, pour simplement contenir les renseignements qu’ils collectent, sur le territoire américain et dans le reste du monde – des communications dont ils sont aptes, physiquement, à violer le secret, quand bon leur semble (« Tout collecter, étiqueter, conserver . . . Puis, quel que soit le renseignement désiré, vous vous mettez à sa recherche … »).

Il s’agit là de la définition d’un état qui exerce une surveillance omniprésente – sa construction s’est faite dans l’ombre, sans être portée à la connaissance du peuple américain, ni des autres populations de par le monde, bien qu’il les prenne pour cibles. Que l’on ait pu penser que tout ceci aurait dû rester caché – qu’il aurait mieux valu qu’on se contente de laisser ces choses grandir dans l’ombre, comme une pustule – constitue un véritable sujet de perplexité.

Il se peut que l’invention d’une expression accrocheuse (« Collectez-moi tout ça ») par le Washington Post, pour décrire tout ceci, aide les grands noms des médias qui, à Washington, justifient en geignant leur propre refus de parler de la substance des histoires de la NSA, à commencer à comprendre pourquoi il est de leur devoir de parler de cette substance, et qu'ils ont les moyens de le faire. Le reste du monde n’éprouve aucun problème pour se concentrer sur la substance de ces révélations – plutôt que sur les feuilletons sans intérêt centrés sur la personne qui nous a permis d’avoir connaissance de tout ceci - ni pour débattre des raisons pour lesquelles ces révélations sont si inquiétantes . Désormais, aux États-Unis, les grands noms des médias pourront peut-être suivre cet exemple.

 Collectez-moi tout ça

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